27.04.2012
0- Les Amériques à cheval : Introduction et synthèse
Tout a commencé par un voyage extraordinaire en août 1999…
Ce blog reprend les différents voyages effectués depuis, avec toujours les mêmes objectifs : du cheval, des décors extraordinaires, des rencontres avec ces hommes -devenus mythes- qui travaillent encore à cheval (cowboys, gauchos, charros, gardians...), le contact avec le bétail et le maximum de liberté.
Ma première rencontre avec le travail à cheval, celui des cow-boys de l'Utah, a fait naître une véritable passion pour cette autre façon d'être à cheval : pour un travail spécifique et non plus simplement comme moyen de locomotion pour voir de beaux paysages.
Si les grands espaces, la liberté, les chevaux, le continent américain vous font rêver, alors suivez les aventures de "Calamity Suz"...
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Pour faciliter le suivi de ces voyages, suivez l'ordre indiqué pour les premiers voyages, ensuite laissez-vous porter selon votre humeur
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Ces carnets ont donné lieu à des articles publiés dans la presse équestre. Vous les retrouverez sous format pdf dans la rubrique "articles parus dans la presse"
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04.04.2012
A cheval dans les plateaux de Tula, Mexique
Canyons et hauts plateaux du Mexique
16 au 25 mars 2012
A 80 kilomètres au nord de la ville de Mexico, les hauts plateaux et canyons de la province d’Hidalgo offrent des terrains propices à cavaliers en mal de grands espaces et galops à bride abattue. Au programme, estancia de luxe où l’on est bichonné et cavalerie exceptionnelle pour cavaliers avertis.
Vendredi 16 mars
J’ai retrouvé mes compagnons de voyage, Patrick et Anita dès mon arrivée à Roissy, ils avaient déjà enregistré. Personne à la queue, enregistrement à la borne où j’ai pu changer mon siège, récupérer deux couloirs. Et dans la série automatisme, on récupère même l’étiquette à bagage ! A quand les aéroports sans humains ? Et coup de chance supplémentaire une fois dans l’avion : je suis au niveau d’une porte de secours avec donc de la place pour les jambes (oui, je sais, je ne fais pas 1m80 mais c’est bien agréable quand même !).
Escale rapide à Toronto et vol de 4h50 pour Mexico dans un « petit » avion très bruyant. Beaucoup de monde à la douane, mais passage tranquille et bagages déjà arrivés et posés à la livraison. Celui d’Anita est mort.
Nous récupérons la navette gratuite de l’hôtel. Très classe, un 4 étoiles, avec un immense lit king size qui a bien amusé Patrick et Anita. Il est 22h00 heure locale, dodo…
Samedi 17 – Saint Patrick : bonne fête !!
Petit déjeuner à l’hôtel, dépôt des bagages et départ avec le taxi de la maison pour le centre ville. Un peu plus cher qu’un taxi normal, mais vu où on est, on n’a pas trop le choix. Je nous fais déposer au Zocalo.
Il est 9h00, même les rats ne sont pas encore là. C’est sinistre. Cette place est, dit la ville, la plus grande du monde (je croyais que c’était la place Rouge à Moscou…). Il n’y a personne, les premiers vendeurs de rue arrivent tout juste et commencent à poser leurs affaires. Le ciel est encore blanchâtre (même s’il est toujours plus ou moins couvert à Mexico à cause de la pollution). Mais où sont les 25 millions d’habitants ? Je me dis que Patrick et Anita vont se demander pourquoi je leur ai proposé de venir là. On visite la cathédrale, immense. Les médailles et autres offrandes s’accumulent sur des panneaux. Les autels sont richement décorés. La religion catholique est fondamentale au Mexique. Et le pape doit arriver dans quelques jours. Dehors des mamans font la queue avec leurs bébés, jour de baptême apparemment. Une petite de deux ans semble toute fière sans sa jolie robe blanche en mille feuilles. Sur le côté un début de marché est installé. Un groupe de danseurs musiciens avec plumes et colifichets nous font croire qu’ils sont les descendants directs des aztèques, j’en doute. Ca sens l’encens, nous déguerpissons assez vite, l’odeur incommode Anita.
J’ai réussi à récupérer un plan du centre et je propose de partir sur l’avenida de Mayo. Il me semble qu’on l’avait pas mal déambulée il y a 20 ans quand j’étais venue au Mexique la première fois. Ou alors c’est juste que la plupart des révolutions ont eu lieu au moins de mai dans ces pays et je confonds. La rue est calme, forcément, les boutiques ouvrent à peine. Nous trouvons tout de même une talabarteria, une bagagerie qui vend aussi des accessoires de charro. Il nous faudra attendre que la dame finisse de lessiver le sol pour accéder aux selles et matériel d’équitation. Anita veut acheter une selle, elle veut avoir une idée du prix. Ils ont très peu de pièces, mais quelques jolis mors. A l’extérieur, une barre d’attache avec des têtes de chevaux essaie de donner l’illusion qu’on peut y attacher son cheval. Je doute que l’on puisse entrer en ville en selle…
Plus loin, nous arrivons au Palais des Beaux Arts, superbe bâtiment blanc. A côté la poste est installée dans un bâtiment d’où dégringolent des gargouilles. En arrivant sur le nouveau continent les espagnols se sont amusés à emporter avec eux toutes sortes de style, n’hésitant généralement pas à tout mélanger dans la même construction si cela leur plaisait. Je me souviens de ce bâtiment à Montevideo où le rococo, le renaissance et le post-moderne se mêlent sur la même façade. Si, si, ils ont osé…
Derrière le palais des Beaux Arts, une superbe sortie de métro, dans le plus pur style Guimard. Nous croisons un marché, vide-grenier, où les vendeurs regardent la télé en attendant le chaland. Un marché de vieux livres s’étale le long d’un bâtiment, je l’esquive soigneusement. Nous poursuivons notre balade au hasard, le plan de la ville est carré, donc tant que nous restons dans la zone difficile de se perdre. Nous arrivons à la rue des parfumeurs. Ici huiles essentielles et arômes peuplent les boutiques, vendant les flacons et les produits au poids. Certains produits laissent rêveur. Plus loin c’est la rue de la para-pharmacie. Ici c’est le matériel médical et les rabatteurs qui essaient de nous vendre lunettes et opérations des yeux.
Les mexicains semblent manger tout le temps, ou ne pas avoir d’heure pour manger. Il y a des kiosques partout. Nous restons un moment à observer le manège d’un vendeur de tacos (ou plat à base de tortilla fourrée). Du véritable travail à la chaîne avec presque autant de personnes du côté de la vente que de l’achat. La main d’œuvre ne doit pas être bien chère, ce sera souvent le cas, la surpopulation de vendeurs là où n’en aurions qu’un. Je me serais bien laissée tentée par un plat dans la rue, mais je n’ose pas le proposer à Patrick et Anita. Si jamais leur estomac ne le supporte pas, je m’en voudrais. Surtout Anita qui a du mal avec le piquant.
Puis c’est la rue des bijoutiers, avec des amoncellements d’or et d’argent, pas forcément du meilleur goût. Un café annonce fièrement proposer le meilleur expresso de la ville. Nous retournons sur le zocalo, sous les arcades les bijoutiers occupent le rez-de-chaussé, tandis que les rabatteurs nous proposent les restaurants de l’entresol. Nous finirons par en choisir un au hasard. Il fait chaud. Les restaurants sont en fait de minuscules échoppes avec des tables posées au milieu du hall, les serveurs n’hésitant pas à aller chercher un plat chez le voisin s’ils n’ont pas l’article demandé. Comment faire la différence entre des fajitas, enchiladas, buritos, tacos, etc quand on n’a pas pris la peine d’ouvrir le moindre guide ? On y va au hasard, de toutes façons on sait qu’on aura de la tortilla de maïs avec des trucs dedans. Ceci dit c’est très bon, pas cher, et pas trop épicé. Donnons un peu de temps à nos papilles.
Je propose d’aller nous prendre un café à la boutique du meilleur expresso. Sorte de pâtisserie, nous succomberons pour quelques cookies en guise de dessert et un capuccino. J’avais oublié la proximité de la frontière. Innocemment j’ai demandé un grand capuccino, je ne tenais pas à un dé à coudre. Sauf que le grand, il est vraiment GRAND ! et comme on a demandé de la chantilly plutôt que de la mousse de lait, je n’arriverais pas à finir mon verre. Trop copieux. Délicieux, mais trop… et je pense à Laurence : y’a de la cannelle sur la chantilly, en plus du cacao. Je m’apercevrais par la suite que ce sont des tarés de la cannelle : ils en mettent systématiquement dans le café. Ha, Laurence c’est pour toi, qui n’aime ni le café, ni la cannelle, t’es servie !!!
Nous poursuivons notre déambulation. Le rendez-vous à l’aéroport n’est qu’à 16h00, il faut bien passer le temps. Nous voilà dans la rue des boutiques de robes de soirée. A côté de quelques modèles dignes des robes de bals étudiants US, quelques jolis modèles pas chers. Dommage que je n’ai aucune fête de prévue, j’aurais pu m’équiper pour pas cher. Et qui dit robes, dit chaussures. Et là, ouah !!! C’est… indescriptible. On a pris des photos…
Nous attrapons un taxi à la volée à un coin de rue et rentrons à l’hôtel. Nous traînons dans le lobby en attendant la navette qui part toutes les 30 minutes. Le trajet ne dure que 10 minutes. A la porte 8, une dame attend. Avec un sac Vuitton, pas pour nous, ou alors j’ai encore rien compris. Une autre femme est à l’intérieur et ne fait pas mine de sortir quand elle nous voit poser nos sacs (signe certains que nous attendons quelque chose). Puis arrive un grand machin, l’américain type, « Hidden Trails ? » nous lance-t-il. Oui, c’est nous. Du coup, Yolanta nous rejoint. Nous nous présentons… Le minibus du ranch arrive, nous chargeons les bagages et nous voilà partis.
Le ranch est à environ 80 km au nord de la ville. La circulation n’est pas trop mauvaise. Le trajet est rapide jusqu’à une partie de l’autoroute en travaux où le trafic est arrêté. Nous sommes à moins d’un kilomètre de notre sortie… L’un des employés nous explique qu’il y a eu un accident et que la police n’est pas encore arrivée. Il y en a pour un moment. Les gens s’impatientent et comme les voies sont juste séparées par des plots en plastique certains commencent à les écarter. Notre chauffeur Max fera de même. Hop, on pousse deux plots, tout le monde en voiture, on s’accroche et on tourne très vite pour entrer sur l’autoroute dans l’autre sens où les voitures arrivent à fond. Cri de victoire dans la voiture ! Il nous faudra reprendre de vieilles routes à travers des villages pour atteindre notre destination.
La fin du voyage se fait sur une piste défoncée, nous avons de la chance. Il y a encore un an, la route que nous emprunterons pour sortir n’existait pas encore.
L’hacienda est somptueuse. Très joliment décorée avec toutes les décorations disponibles à la vente, de belles peintures de chevaux et de beaux gekkos en terre cuite peints à la main. Salon avec livres en plusieurs langues, terrasse couverte avec PC et wifi, piscine à débordement, jacuzzi, chaises longues avec vue sur la cascade où l’on peut descendre se baigner, magnifique table en bois sous un chêne pour les déjeuners et immense barbecue. Nombreuses fontaines et plein de céramiques colorées disposées un peu partout.
A notre arrivée, les rancheros (rancheros) étaient en train d’attraper les poissons de la fontaine de l’entrée. Certains d’entre nous ont prêté main forte, on a bien ri. Voilà un thème d’activité d’accueil original.
Frozen margarita d’accueil. Dîner excellent, avec soupe, entrée, plat, dessert et thé/café. Voilà qui ne va pas arranger mon régime.
Nous serons 11 au total, avec un mélange des genres assez amusant.
On nous présente l’équipe locale présente. Ils sont très nombreux, doit bien y avoir une trentaine d’employés en tout. Les rancheros s’occupent des 30 chevaux du ranch et de guider les balades. Nous en aurons toujours 3 ou 4 avec nous. Ils préparent les chevaux et s’occupent de tout. Ivan, le cuisinier, Gisela jolie comme un cœur, serveuse.
J’ai droit à une chambre pour moi seule. Immense avec un lit king size dans lequel je vais sans doute me perdre. Canapé, table basse, un large banc dans la salle de bain permet de poser ses affaires avec toute la place nécessaire. Salle de bain avec tous les produits et même le peignoir. Les serviettes pour la piscine sont à disposition à côté de la piscine. Grand luxe.
Dimanche 18
Journée d’enfer, trop top ! Je vais probablement le payer musculairement demain, mais ça a été grandiose.
Petit déjeuner sur la terrasse après une bonne séance photo de la maison, jardins, écuries au petit soleil du matin. Après la lumière devient plus violente et compliquée pour la photographie.
Céréales, fruits (dont avocat systématiquement), plat chaud, café, thé à volonté. Les tables sont joliment décorées. Tous les matins ce seront des couleurs et motifs différents. Ici les 35 heures c’est par jour. C’est la même personne qui prépare le dîner et le petit déjeuner, ça fait de sacrées journées. Et en plus il a toujours le sourire. Bon ils ont tous tout le temps le sourire. C’est un pays pour moi ça…
Ushi me montre l’une des casitas. Les chambres sont réparties en trois groupes. Un groupe de chambres (où je suis), dans le bâtiment principal autour de la fontaine. Le pueblito, un groupe de maisons en L autour d’une autre fontaine, qui était dans le temps les écuries. Et les casitas, des maisonnettes indépendantes mais n’offrant pas plus de confort si ce n’est le fait d’être « isolées ».
Nous avons rendez-vous à 9h00 aux écuries. Hier soir, Ushi avait fait un rapide tour de table pour demander les niveaux et goûts des cavaliers, mais la conversation avait vite dévié, elle s’est finalement débrouillée toute seule. Les chevaux sont prêts, de belles selles charros confortables. Des montoirs sont disposés un peu partout pour faciliter la monte, et quoi qu’en disent certains ménager le dos du cheval. Distribution des chevaux et explication des techniques de monte en petits groupes. Ushi s’occupe de nous en français. Bon l’avantage c’est que nous, les selles charro on connaît.
Et nous voilà partis pour une longue journée. Nous sommes donc 11 et 4 rancheros nous accompagnent, même si ce matin Megan suit en pick-up pour prendre ses photos.
Nous nous séparons en petits groupes pour galoper avec plus de sécurité. Assez vite nous resterons entre français avec Carlos et Israël. Les autres foncent comme des malades, nous sommes un peu plus calmes même si de temps à autre on se fait une belle accélération. Anita, comme moi, a un peu peur quand ça part trop vite. Ceci dit, je me sens étonnamment bien. Confortable, pas endolorie, un peu inquiète mais à l’aise même à vive allure. Ambar a un bon galop, peut aller très vite mais répond très bien aux demandes de ralentissement. Je me sens superbement calée dans la selle, sans aucun effort pour « tenir ». Du pur bonheur.
Nous sommes tout le temps au galop. Quelques pauses pour passer des endroits délicats et on repart. Nous contournons les champs labourés, certains déjà plantés, zigzaguant allègrement sur les chemins entre les lopins de terre ou les plaines ouvertes.
Nous faisons une pause dans un village pour acheter à boire. Plutôt que d’emporter des gourdes, cela nous fait faire une pause et travailler l’économie locale. A 6 pesos la bouteille d’eau, ça ne vaut vraiment pas la peine de boire de l’eau tiède. Et nombreux sont ceux qui ne se contenteront pas d’eau mais opteront pour la bière, souvent dès 10h30 du matin !
D’immenses cactus poussent partout, les murets de pierre sont présents autour des villages. Arrêt à la Copa, sorte de cascade. L’eau tombe d’un petit ruisseau en haut de la falaise et une coupe en pierre la récupère. Nous garons nos chevaux sur le sentier, tandis que des touristes arrivent à pied…
Belle ascension dans les pierres. Nous grimpons un peu plus haut, mon cheval se plante dans les cailloux, tombe sur les genoux et je remercie le pommeau large de la selle qui m’évite un joli vol plané. Il y a eu un petit raté de compréhension et nous redescendons retrouver le pick-up et un en-cas de tortillas fourrées délicieuses. Je ne descends même pas de cheval pour manger (après tout j’ai pris l’habitude de manger à cheval lors du dernier convoyage aux US).
Megan se joint à nous à cheval pour l’après-midi (elle est là pour faire des photos du circuit ; ça va être pour mieux pour ses photos, le pick-up ne peut pas nous suivre partout). Nous escaladons la montagne, bien escarpée, tout en roches et pierres glissantes, avec la falaise à pic sur notre gauche. Les chevaux passent sans encombre, se jouant des glissades ou du ravin à nos côtés. Ushi nous a dit qu’ils sont comme les mexicains, plus il y a de bruits, plus ils sont contents : aboiements, feux d’artifices, camions, ils ne bougent pas une oreille. Sacrée éducation !
Après avoir redescendu la montagne, nous retrouvons les champs et nous refaisons nos petits groupes pour de nouveaux galops jusqu’à la ville où nous déjeunons tardivement. Certains se sont goinfrés de tortillas pensant qu’il s’agissait du déjeuner tout à l’heure. Petite gargote locale avec du bon poulet. Nous faisons une pause dans une boutique vendant des chapeaux.
Le cheval de Patrick est couché quand nous reprenons nos montures. Et chose curieuse il ne se lève pas quand celui-ci s’assoit à ses côtés. Drôle de comportement, les chevaux n’aiment pas qu’on soit à leurs côtés quand ils sont couchés. Une fois debout et à nouveau en route, il essaiera de se coucher plusieurs fois. Nous le signalons aux rancheros qui l’étudient. Colique. Ils sortent les portables pour appeler l’écurie, faire venir une piqûre et le van. Patrick récupère le cheval de Yolanta qui a choisi de rentrer au ranch, un peu fatiguée (elle ne monte pas régulièrement, alors la reprise est dure). L’un des rancheros reste pour faire marcher le cheval malade en attendant les soins. Le cheval se remettra parfaitement et Patrick pourra le reprendre en fin de semaine.
Nous poursuivons par les chemins, allées, sentiers, plaines ouvertes. Difficile de faire des photos, on est tout le temps au galop. Vers 17h00 une petite pluie fine est venue nous rafraîchir tandis que nous rentrons au ranch. Nous croisons les voies ferrées. Même pas peur, la dernière fois nous les avions même suivi pendant un moment. L’éclat de rire vient environ 5 minutes après quand un train passe derrière nous ! Ils connaissaient l’horaire ou on a juste eu de la chance ?
Les rancheros s’amusent, sourient, font des blagues, se taquinent. S’arrêtent parfois soudainement quand ils s’aperçoivent que je suis à proximité et que moi je comprends. Sacrés bons vivants, ils mettent une bonne ambiance tout en gardant l’œil sur tout et s’occupant de tout. Nous ne sommes pas sensés nous occuper des chevaux. J’arriverai quelques fois dans la semaine à enlever ou remettre un mors toute seule, véritable exploit ! Je ne vais pas me plaindre, c’est vrai que c’est agréable aussi de juste profiter.
A l’arrivée au ranch, par la porte principale dans la cour d’entrée, Ushi nous attend avec un plateau de shots de tequila, dégusté sur place, à cheval, avant même de rentrer à l’écurie. Ca c’est de l’accueil !
Lundi 19 mars
J’ai donc décidé d’aller au cours de yoga de 7h00. Ponctuelle, donc forcément seule. Finalement nous étions 4. Sympa, ça permet de bien s’étirer, avec fond de musique douce et soleil qui se lève à l’horizon et illumine la pièce plein Est. 45 minutes de séance et direct au petit déjeuner. Jenny nous fait faire quelques étirements spécial équitation, je n’aurai pas la moindre courbature de la semaine.
Rendez-vous à 9h15 à l’écurie, le temps de monter (les rancheros préparent les chevaux) et nous voilà partis. De nouveau nous traversons les champs, contournant les plantations ou champs fraîchement labourés, nous séparant en 3 groupes. Nous empruntons un chemin différent. Après la traversée de la voie ferrée hier, aujourd’hui, encore plus fort : nous passons dans un tunnel pas bien haut, car il fallait être littéralement couché sur le côté du cheval. Du gros délire, dans la série jamais au grand jamais on n’aurait envisagé ça en France, si le cheval vient à accélérer ou s’effrayer on se fracasse ! Mais ces petits chevaux passent partout, n’ont peur de rien, un mental à toute épreuve, et en plus super obéissants. Ambar que je monte est apparemment le cheval le plus rapide de l’écurie, mais ça ne m’empêche pas de le garder au petit galop sans aucun effort, rênes longues. Les vitesses sont en place et il suffit de les demander pour obtenir une réponse, un vrai bonheur. Le seul « souci » est son impatience à vouloir partir dès qu’il voit les autres groupes galoper (et qu’il sait qu’on va partir), mais à 4 ans on ne peut tout de même pas tout lui demander !
Nous longeons un lac et faisons une pause à une boutique pour acheter de l’eau (ou de la bière). Nous faisons boire les chevaux dans le lac et partons dans un galop à fond la caisse. Le terrain est super souple donc c’est un vrai plaisir, grisant et un peu effrayant à la fois car à cette vitesse bonjour la chute ! Anita est comme moi, la vitesse lui fait peur et du coup nous demandons à Carlos d’éviter les accélérations de ce type. Le bord du lac étant humide, je me suis pris plein de gouttes de boue dans les lunettes…
Un peu plus loin le paysage change. On retrouve les sempiternels murs de pierre, mais plus nombreux encadrant des champs plus grands (ou plus riches) au lieu des plaines ouvertes d’hier et tôt ce matin ou les simples carrés se succèdent entrecoupés de chemins qui nous permettent de passer. Nous empruntons le Camino Real pendant un moment. Le sol est en caillasse et les murs de pierre nous entourent, un ruisseau court à un moment, les vaches sont couchées dans les champs, les cactus sont immenses, à la base ce sont littéralement des troncs d’arbres !
Nous arrivons à San Miguel de la Victoria où nous faisons notre pause déjeuner. Ushi nous attend plateau à la main avec les verres de tequila. De la bonne, locale, légèrement jaune, meilleure que le truc vendu à l’exportation. Mais comment descendre de cheval un verre à la main ? Les rancheros attachent nos chevaux, Megan nous mitraille avec son appareil.
Ils ont installé deux tables sur la large chaussée de ce qui semble être la rue principale d’un village super riche, avec des baraques à tomber. Apparemment les riches mexicains de Mexico city ont ici leur maison secondaire. C’est somptueux. Déjeuner (chaud) délicieux, avec dessert et café, puis nous repartons. Nous quittons le village, passons le fameux tunnel sous l’autoroute et après quelques champs nous entrons dans la forêt. Le paysage est totalement différent. On se croirait chez nous. Sapins, chênes et autres essences, tapis de feuilles mortes au sol… et cactus, ce qui nous rappelle que nous ne sommes pas en forêt de Fontainebleau. Quelques orchidées sur les branches. C’est vraiment très joli et très agréable car le soleil est masqué par les arbres, les sentiers sont plus sinueux. La terre ici est très rouge.
Nous irons jusqu’à l’église de Canalejas. En haut d’une colline, une église abrite une pierre sur laquelle on peut voir la silhouette de la vierge (faut vraiment avoir envie mais bon, on est dans un pays hyper catholique). Elle fait l’objet d’un culte et les gens viennent demander des faveurs et déposer des offrandes, notamment des cheveux, les femmes offrant leurs cheveux en échange de l’accomplissement de leur demande. L’église est très claire avec de superbes vitraux représentant des saints. Nous redescendons, nous arrêtons acheter de l’eau, fait soif et dans la forêt les nombreux galops nous ont desséché. Il va falloir que je me trouve une bouteille à glisser dans mes fontes. Le souci c’est que les « cantinas » sont vraiment petites plus pour la décoration qu’autre chose, difficile d’y glisser beaucoup de choses. L’un des chevaux devant vouloir une bière passe sa tête dans la porte du magasin…
Quelques sentiers à travers le village, la forêt et une autre petite ville nous mènent à notre destination : deux cours de maisons où nous laissons les chevaux. Une partie du groupe prend le minibus qui nous a récupéré à l’aéroport, les autres le pick-up. Je monte à l’arrière pour profiter de l’air.
Il fait doux et le retour à l’arrière du pick-up s’avère très plaisant, même s’il a fallu un peu se battre car les rancheros avaient du mal à comprendre que l’on ne veuille pas repartir à l’intérieur (probablement peur de se faire disputer par la patronne – et en plus j’ai balayé l’arrière du pick-up pour qu’on ne se prenne pas le foin dans les yeux). Résultat il est presque 7h00 quand nous arrivons. Le temps de jouer avec le bébé (5 mois) Saint Bernard, je me contente d’enlever les chaps et je pars prendre une margarita au bar. Nous faisons une partie endiablée de billard avec Patrick et Anita et la guitare à deux cordes. Du grand délire, Anita est déchaînée, ponctue nos coups d’accords improbables et Cees se joint à nous. Grande crise de fou-rire. Le temps que l’on termine, la grande table est pleine et nous nous installons tous les quatre à côté. Dîner très animé et très sympa avec Cees qui essaie de comprendre le français (il parle quelques mots), Anita qui essaie de retrouver sont anglais… Dîner délicieux, steak avec une sauce à la moutarde exceptionnelle, ravioli en entrée très épicé un régal, gâteau au chocolat à tomber… Va falloir que je ne mange pas pendant trois semaines à mon retour pour perdre les kilos avant de repartir en Argentine…
J’avais envie d’eau chaude, je propose à Anita un petit jacuzzi. L’eau était bouillante, Anita n’a pas réussi à s’y mettre entière. Moi si, mais pas pour longtemps, la fraîcheur de la nuit ne dérange même pas tellement on a chaud. Beau ciel étoilé. Le luxe, c’est bien aussi…
Mardi 20
Je n’avais pas l’heure du départ, du coup on a été un peu à la bourre, mais bon. A 9h00 départ avec le pick-up, les gens entassés sur des balles de foin et une voiture, pour aller retrouver les chevaux à Canalejas. Les chevaux sont restés dans les cours et jardins de gens, ce qui nous a permis d’utiliser les toilettes (toujours un problème pour nous les filles…).
Nous voilà donc partis à travers champs et forêts. Les champs par ici sont séparés par les fameux murets, ce qui rend la balade super amusante et très jolie. De très beaux passages avec de jolies maisons aussi. Un peu de bois avec de nombreux épineux ce qui permet d’être bien mobile en selle pour éviter les attaques sournoises de tous côtés par les cactus.
Les agaves fleurissent en donnant une immense tige de 4 mètres de haut avec des fleurs. Après cette floraison elles meurent. Patrick m’explique qu’il adore les cactus mais chaque fois qu’il les signale à Anita elle ne manifeste aucun intérêt. Du coup il est content de me les signaler… et on s’amuse en expliquant à Anita qu’on ne l’embête pas avec le sujet (sauf que forcément, par définition si…).
Nous arrivons auprès d’un lac que nous abordons en contournant les champs, puis de belles occasions de galops sur les berges. Nous faisons boire les chevaux, faisant attention aux spécialistes des bains, dont Apache le cheval d’Anita. Au loin, nous voyons des parasols et nous nous disons que c’est sans doute pour nous. Effectivement, superbe « pique nique » de luxe avec table et vaisselle, parasol. Repas de tacos au poulet et des kilos de guacamole avec chips, fruits en dessert. Un vrai régal. Le vent souffle assez fort, ce qui est fatiguant mais nous permet d’échapper à la chaleur car le soleil tape vraiment fort. Au galop on sent le vent siffler dans les oreilles…
Après le repas, nous nous livrons à une importante séance photo. Megan veut de l’action, sous-entendu du galop. Vite, doucement, en petits groupes, séparés, en ligne. Nous avons fait suffisamment de tours autour d’elle pour qu’il y ait sans doute une marque sur le sol et qu’on se demande d’où vient ce cercle magique…
Nous reprenons la rando, montant une belle pente à côté d’une église, parcourant à nouveau champs et forêts. Les champs sont vraiment tous petits, souvent travaillés avec des bœufs ou des chevaux. On voit bien quelques tracteurs, mais c’est vrai que dans la plupart des cas l’achat ne se justifie pas, sans compter que la plupart des gens n’ont sans doute pas les moyens. La région est assez sèche, les poches d’eau sont enfouies bien trop profondément sous terre pour être exploitées par les puits. On voit de nombreux canaux d’irrigation et quelques lacs, mais les champs dépendent essentiellement de la pluie. Nous sommes en fin de saison sèche et les cultures ont commencé. Ce qui est amusant est que les carrés sont tous à des états de culture différents : jachère, terre tournée, petits semis, plans de maïs de 30 cm. C’est quoi la saison pour planter ici ? !!
La région est plutôt pauvre. Beaucoup de gens vivent grâce à l’argent envoyé soit par les plus jeunes travaillant à Mexico City soit aux US. La culture des petits champs apporte un plus et fourni le maïs, haricots qui sont la base de l’alimentation, avec quelques vaches et moutons qui paissent dans rien, cela fait un ajout au quotidien. Nous croisons de nombreux bergers promenant leurs troupeaux, aussi bien adultes qu’enfants d’ailleurs.
Les paysages sont très beaux, certains murs sont exceptionnels, sans aucun ciment ils tiennent depuis des centaines d’années et certains sont presque parfaitement lisses. Travail impressionnant…
Après avoir traversé une propriété, nous faisons boire les chevaux dans un étang. Nouvelle partie de rires avec les chevaux à surveiller, ceux qui rentrent pour boire jusqu’à avoir de l’eau au niveau du ventre et les éclabousseurs invétérés. Heureusement qu’il fait chaud et qu’on sèche vite car j’étais passablement mouillée.
Aujourd’hui, notre « groupe » est conduit par Enrique, un jeune ranchero tout mince.
Ushi prend ses employés tous jeunes, dès 16 ou 18 ans, de façon à pouvoir les former à sa façon sans qu’ils n’aient trop d’habitudes, avant que le côté macho ne soit trop important. Bien sûr ils partent, car l’herbe est toujours plus verte ailleurs, et il faut bien qu’ils voient autre chose, mais beaucoup reviennent. Ils apprécient la clientèle internationale beaucoup plus reconnaissante et agréable que les riches mexicains qui les traitent comme des larbins.
Après la pause à l’étang, nous traversons d’autres champs, avec comme toujours plein de galops sur les sentiers ou à travers champs. Souvent nous zigzaguons allègrement, plus pour s’amuser que par réelle nécessité. L’itinéraire de la rando a été quelque peu modifié et apparemment l’étape d’aujourd’hui a été inversée et raccourcie de façon à pouvoir finir plus tôt demain. Au lieu d’aller s’approcher de Tula en voiture, nous rentrerons au ranch et irons en voiture. Pas plus mal, nous pourrons nous changer. Au programme les Atlantes et surtout les magasins : une sellerie charro et un magasin western. J’espère trouver un bout de marché, j’aimerais acheter de l’hibiscus. En attendant, le fait d’avoir changé le sens de la rando, perturbe un peu les rancheros qui ont perdu leurs repères et voient le chemin d’un autre point de vue. Nous serons un peu « égarés » en attendant de retrouver le bon sentier nous menant jusqu’à l’étape du jour.
Joli mélange de champs, de sentiers entourés de pierres et bordés d’arbres et buissons pleins d’épines, de forêt au sol jonché de feuilles mortes. Le vent permet de bien supporter la surchemise et éviter les coups de soleil. Nous nous arrêtons dans une petite boutique pour acheter à boire. Nous plaisantons avec les rancheros, ils sont vraiment adorables et leur côté macho dragueur est amusant. Ils sont tous beaucoup plus jeunes que nous, mais pas grave… Cela n’empêchera pas Carlos de me proposer le mariage quand il apprendra que je suis toujours célibataire.
Après le passage sous le tunnel de l’autoroute, couchés sur la selle car le pont n’est pas assez haut pour que l’on reste assis, aujourd’hui une nouvelle difficulté ajoutée au passage du pont : le pont de moins de deux mètres de haut avec en plus un ruisseau qui passe sous le pont. Sachant que certains chevaux adorent se rouler dedans, imaginez l’angoisse de certains cavaliers… Sont fous ces mexicains !!
Après une heure de petits galops sur divers types de sentiers et une crise de fou rire quand Enrique a continuer à galoper plein pot en direction d’un mur de barrage (on se demandait jusqu’où il allait nous emmener), nous arrivons à une maison au milieu des bois où nous laissons nos montures dans le jardin. Le minibus est là, avec le pick-up il y a assez de place pour tout le monde. On sent que la fatigue commence à taper, personne ne s’installe à l’arrière du pick-up. Retour assez rapide, mais il est quand même 6h45.
Délicieux dîner avec soupe de maïs, salade concombre mangue, poulet à la mangue, glace.
Mercredi 21
Pick-up et voiture avec chargement du « bétail » à l’arrière du pick-up. J’ai pris l’option extérieure, sympa, il faut beau, mon chapeau supporte tous les vents et l’on profite du paysage. Le temps d’un pipi derrière les arbres avec quelques rires. Comment savoir où il y a des gens ? « parler à l’arbre, s’il répond c’est que c’est occupé ».
Départ pour une journée un peu plus courte et déjeuner tardif. Nous traversons des champs, des bois, sautons des murs, des petits fossés, galopons dans les plaines et dans les sentiers boisés. Assez varié et comme toujours de nombreux galops. Longue pause dans un bled pour boire un verre. Traversée de quelques villages où l’on dit toujours bonjour. Les maisons sont très colorées et partout il y a des travaux. Quelques jolis passages.
En fin de balade, nous arrivons sur la partie des champs autour de l’hacienda. Les galops se succèdent autour des lopins de terre avec des virages à 90° toujours à la dernière minute ce qui fait qu’on ne sait jamais à quel moment la direction va changer, mais c’est bon, ça nous amuse bien. Traversée du petit village dont dépend le ranch et arrivée à une petite rivière entourée d’arbres immenses et fabuleux. Absolument extraordinaire, des racines saillantes immenses, de l’eau, de la verdure et tout à côté les cactus et les roches sèches. En fait nous sommes à l’une des cascades du ranch et le pique-nique nous attend sous les arbres. Jenny nous accueille avec la traditionnelle tequila. Nous attachons les chevaux et je m’amuse à prendre mon verre de tequila avec en fond la cascade. Nous prenons des photos dans les arbres, ils sont gigantesques.
Bonne salade de maïs et poulet, cheese cake, bière, en plus de la tequila, je sens ma tête tourner. Nous reprenons les chevaux pour finir la balade, nous sommes tout à côté du ranch et nous l’atteignons par la partie arrière au niveau des écuries et paddock.
Nous avons 20 minutes pour nous changer. Cet après-midi, changement de programme. Ceux qui le souhaitent peuvent remonter, sinon nous partons à Tula voir les Atlantes et faire les boutiques. Je grimpe à l’arrière du pick-up profitant du beau soleil et de la chaleur torride. J’ai joué les filles et enfilé ma robe. Nous avons juste oublié qu’ici on fête l’équinoxe de printemps, résultat le site a fermé à 16h00… grrr dire que je suis essentiellement venue pour ce site. Direction la talabarteria, magasin de matériel charro, chemises, pantalons, selles… Deux superbes selles d’amazone pour les escaramuzas. Anita s’achète sa selle pour le tiers du prix en France. J’achète una cuarta, la cravache traditionnelle. Elle tiendra compagnie à celle que j’ai d’Uruguay.
Il y a une bonne ambiance. Les différentes langues se mélangent allègrement et on ne sait plus toujours dans quelle langue parler à qui ce qui donne des scènes assez amusantes. Beaucoup d’allemand dans le lot, mais l’anglais reste la valeur sûre. Anita se débrouille un peu et devant le besoin s’en sort de mieux en mieux. Patrick m’arrêtera à un moment quand je lui traduirais consciencieusement en anglais ce que venait de dire le ranchero en espagnol…
Jeudi 22
Réveil original ce matin : les chevaux étaient dans le jardin en train de brouter le gazon, et une partie des plantes. Avec la lumière du début de journée à 7h00 c’était superbe. Ushi les laisse sortir de temps à autre. Là en l’occurrence c’est pour les photos de Megan, du coup les pauvres rancheros ont été obligés de brosser tous les chevaux pour qu’ils soient plus beaux sur les photos (et nettoyer tous les jardins ensuite…).
Petit déjeuner et rendez-vous à 9h00 pour le départ. Journée de montagne. Ushi nous demande une nouvelle fois de ne surtout pas descendre de cheval quelles que soient les pentes (comme disait Bob si nous pouvons passer avec nos deux jambes, c’est plus facile pour les chevaux qui en ont quatre). Nous quittons le ranch en passant par l’arrière, le long du paddock où sont les chevaux. Nous sommes avec Israël, le bébé de la bande, qui n’a vraisemblablement pas été briefé par les autres, du coup nous attaquons des galops assez rapides dès le début. Ca me va bien, je me sens suffisamment à l’aise pour attaquer toutes les vitesses. Nous longeons des murs, traversons des champs, croisons la rivière qui crée les cascades du ranch.
Nous nous arrêtons pour un verre dans un « magasin », minuscule boutique avec une dame. Nous y restons un bon moment à vider des bières (juste un verre pour moi, il n’est que 11h00) et nous partons pour la partie montagne.
Les pentes ne sont pas impossibles, la difficulté réside plutôt dans le fait que le sol est jonché de roches et surtout qu’il faut éviter les cactus omniprésents. Il faut une attention constante car entre les cactus oreilles de Mickey, les arbustes et arbres à épines, on se fait attaquer de tous côtés par des piquants. Après être montés, il faut descendre, ce qui ne facilite rien…
A un moment, nous sommes partis au galop dans une descente, dans un virage sans visibilité car une butte cachait le terrain derrière le virage. J’étais en train de me dire qu’on faisait tout ce qu’on n’aurait jamais fait chez nous, galoper en descente et dans un virage, quand il a fallu freiner comme des malades car le terrain était impraticable derrière la butte, des tranchées pleines d’eau, probablement causées par des roues de tracteur. Ca va les freins fonctionnent bien, mais j’étais morte de rire.
Beaux galops dans les allées entre les champs en direction de la montagne. Les maisons sont toutes en cours de construction, modification… c’est fou comme tout est en train d’être construit. Amusant aussi de voir les mexicains assis à l’ombre des arbres ou des maisons à ne rien faire… Les clichés ont la vie dure, mais sont bien réels.
Pause déjeuner dans une petite ville devant une superbe propriété. Megan nous a rejoint pour les photos et des interviews afin d’alimenter le film vidéo. On y passera tous. Quant à moi, il me faudra répondre en trois langues à l’une des questions !!! La rue est pavée et le cliquetis de nos sabots est bien agréable. Nous traversons la ville, avec un complexe scolaire immense, avant de retrouver notre montagne.
Et c’est reparti pour un tour de montée au cœur des cactus. Je me fais attaquer par une branche de piquants qui se colle à ma chemise dont je n’arrive pas à me débarrasser. Plus tard, ce sera un morceau de cactus qui se collera à mes chaps. Quant aux piquants dès qu’on passe trop près on se retrouve plein d’épines. Je ne serai pas la seule. Patrick baissera son pantalon lors d’une pause pour se débarrasser d’épines aux genoux. Yolanta fera de même après s’être retrouvée avec plein d’épines sur le pantalon et la selle. La vue depuis le haut de la montagne est sympa et l’on peut voir tout le terrain couvert depuis ce matin.
Il fait très chaud. Le ciel est bleu et le soleil tape. Ma crème semble super efficace, je suis toujours aussi blanche, à part les mains brûlées comme d’habitude. Et forcément à force d’être au pas mes genoux se rappellent à moi, mais dès qu’on a quitté la pente et attaqué une piste, un galop a fond la caisse a tout remis en place. Bien ri d’ailleurs. Anita a passablement peur des galops rapides. Mais là nous étions montée et elle a poussé son cheval, ravie d’aller vite. Je ne l’ai évidemment pas laissée me dépasser, je n’ai quand même pas le cheval le plus rapide du ranch pour rien ! Sauf que le terrain en montée a soudainement pris la direction du bas et là ça nous a beaucoup moins plu, et les cris d’Anita ont fait arrêter Israël. Cees s’est joint à nous sur la partie de montée et on a un peu discuté et déliré. Faut dire que le dernier jeu de Patrick a été de mettre des cactus sous les fesses d’Anita au galop… Comme quoi il faut rester collé à sa selle ! J’ai une photo excellente de Cees et Patrick en grande conversation… alors qu’ils ne parlent pas la même langue !
Dernière descente en direction du ranch avec quelques bons galops dans la piste avec du à fond la caisse une nouvelle fois. Incroyable l’énergie que ces chevaux sont capables de déployer. Nous longeons la rivière du ranch, ce qui permet quelques belles photos, ce coin est vraiment joli et quelques crises de rigolade quand il faut se pencher pour passer sous les arbres… et qu’Ambar décide de s’arrêter sous la branche en question alors que je suis couchée sur le côté, car le pommeau ne me permet pas de me baisser assez bas !! Au risque de me répéter, ils sont fous ces mexicains. Mais c’est trop top. En fait, ces galops tout à fait dingues et ces passages endiablés compensent des paysages qui finalement ne sont pas si exceptionnels. Il y a de jolis passages, de beaux points de vue, mais c’est assez monotone et uniforme au niveau des couleurs.
Retour vers 18h30. Le temps de pauser les chevaux, admirer les autres chevaux dans le paddock et le petit nouveau arrivé aujourd’hui, il reste peu de temps pour profiter des lieux. Je prends ma douche et vais prendre un cocktail. Jenny nous prépare une frozen Pina Colada à tomber. Et hop dîner !
Les journées sont super longues, on n’a donc pas le temps de se poser pour profiter des prestations (piscine, jacuzzi, bar) et souffler un peu à discuter. Après le dîner, les plus vigoureux restent à boire et jouer au billard, mais les autres partent se coucher, tout le monde est cassé et a besoin de dormir.
Vendredi 23
Nouvelle séance de yoga un peu plus « dur ». Moi qui pensais que c’était un truc de mamies, mine de rien ça fait sacrément travailler les muscles sur certaines postures d’équilibre. Musique douce, soleil du matin, avec le rideau tiré, c’est très agréable. Megan est revenue faire des photos.
Au programme de la balade, après les montagnes hier, aujourd’hui les canyons. En fait de « canyons », c’est surtout un seul canyon qu’on a parcouru d’un côté à l’autre, descendant d’un versant remontant par celui de l’autre côté. Sur toute la descente il y a des habitations, et surtout un maximum de cactus. Je suppose qu’ici les figues sont exploitées, car il y en a vraiment partout et je ne vois pas l’intérêt autrement. Après les galops autour des champs pour atteindre le canyon, le rythme est plutôt lent.
Le but de la balade est un petit lac dans une vallée lunaire. Des sortes de cheminées de pierre semblent sorties de nulle part et s’élèvent isolées. Nous installons le pique-nique au bord du lac sur des couvertures mexicaines colorées que nous avons porté sur nos chevaux. Vrai pique-nique, ici il n’y a pas d’accès pour les voitures, les rancheros ont apporté les cantines. Au menu croque monsieur jambon fromage. En dessert ils avaient prévu un ananas sauf que les galops ont eu raison de lui, il ne restait que la peau, le reste était totalement écrasé. Heureusement les oranges, bien qu’un peu tassées, ont mieux supporté le choc et accompagnée de leur poudre chili citron, c’était très bon. Ils ont aussi apporté du riz au lait. Je suis montée sur l’escarpement faire des photos, pendant que les premiers courageux se jetaient à l’eau. Les rancheros en pantalon, nous avions prévu les maillots. Après avoir longuement hésité, on a fini par se décider avec Anita. Il faisait chaud l’idée de se rafraîchir était plutôt agréable. C’était plutôt la séance change qui me gonflait un peu. Mais bon, c’était agréable. Quelques brasses dans une eau plutôt bonne, au milieu de nulle part, on l’aurait sûrement regretté si on ne s’était pas décidé.
Dîner « noche rosada ». La déco est rose, même la soupe qui est à la betterave. Viande tendre et succulente. Un groupe de musique local est venu jouer. Nous n’avons que moyennement apprécié. Ca fait tellement cliché touriste, je n’aime jamais trop. Vanessa me regardait un peu dépitée, pensant la même chose que moi.
Jenny fait le point avec les différentes personnes pour le départ demain. Plusieurs départs sont prévus en fonction des avions. Nous avons demandé si nous pouvions rester, l’idée d’aller passer l’après-midi à Mexico city ne nous branchait vraiment pas. Le transfert « hors horaire » est de 45$, mais il comprend le déjeuner et des balades à cheval. Du coup, on récupère 4 heures de balade le matin et 2 heures l’après-midi, de façon à pouvoir partir vers 17h00 et éviter les embouteillages de Mexico. Bon plan !!
Samedi 24
Jeudi, Ushi nous avait annoncé que vendredi était le dernier jour, mais pour ne pas trop déprimer en se disant que c’était la dernière balade, elle nous a dit que samedi matin on pourrait partir pour une dernière sortie au lever du soleil. Rendez-vous à l’écurie à 6h30 pour un retour une heure après pour le petit déjeuner.
Debout à 5h50 pour me préparer en vitesse. Où est la démarcation entre passionné et totalement givré ?
Le soleil se lève derrière les montagnes avec une douce lumière rose. En partant à 6h40, la lumière est un peu blafarde, grise, mais très vite, la luminosité change. On a l’impression que le monde nous appartient, la lumière a une brillance particulière, vive et fraîche. L’air est un peu frais, j’ai sorti la polaire, mais c’est terriblement agréable. On a l’impression d’assister à un renouveau, un côté « début du monde ».
Très belle expérience, on s’est bien sûr contenté de galoper dans les champs autour du ranch car en une heure on n’a pas trop le temps de s’éloigner, mais du coup on s’est fait quelques galops sympas. Nous avons retrouvé Carlos comme ranchero. A un moment il m’a demandé si c’était ok d’aller plus vite. Anita n’est pas friande de la vitesse, tout comme moi, mais aujourd’hui Amadeus a une martingale ce qui permet de mieux le contrôler (il lève beaucoup la tête au galop). Du coup, au lieu de demander si c’était ok, j’ai crié à Anita de s’accrocher. On a bien ri. De son côté Patrick plaisantait souvent quand on entendait Anita crier nous rassurait disant « ça n’est rien, c’est un chien qui nous suit ».
Retour pour le petit déjeuner déjà servi. Nous faisons nos adieux à ceux qui partent.
A 9h00, retour aux écuries pour 4 heures de balade. Patrick et Anita ont décidé de rester, profiter de la piscine, faire leurs bagages (il faut qu’ils casent la selle achetée dans le sac).
Nous partons avec un couple d’allemands, stewart et hôtesse chez Lufthansa. Apparemment, ils sont nombreux à venir pour un ou deux jours quand ils sont en ville. Jolie balade tranquille, traversée de villages, un joli sentier ombragé, beaucoup de fleurs, beaucoup de bergers avec leurs troupeaux aussi. Et pause boisson à 10h00, normal c’est l’heure de la bière…
Nous rentrons vers 13h00. Jenny va nous emmener au magasin de céramique, je renonce à la balade de l’après-midi. J’ai bien fait. Le groupe avec lequel Vanessa et Justine sont parties n’était vraiment pas terrible. Juste là pour galoper comme des fous et faire monter l’adrénaline, sans trop de respect pour les chevaux.
De notre côté, nous avons fait le magasin de céramiques où le ranch achète toutes les décos. Impressionnant de quantité. Il faut prendre le temps de regarder pour trouver de petites merveilles cachées entre des trucs énormes et imposants, pas toujours de très bon goût. J’arrive à me trouver un petit gekko pour agrémenter ma collection…
Déjeuner sur la terrasse sous un vieux chêne sur la grande table en bois. Spécialité de viandes grillées servies dans un plat en lave chaud, servi avec des sauces et des accompagnements pour monter son propre taco. Certains ont pris la sauce verte pour du guacamole, bonjour les papilles…
Nous sommes de retour au ranch vers 16h45. Patrick et Anita ont bien sûr dévalisé le magasin, il faut dire que les prix défient toute concurrence, alors forcément pour les cadeaux c’est facile. Plus compliqué, la partie « rentrer dans le sac et espérer que tout arrivera entier ». Les filles arrivent de leur balade vers 17h00. Elles ont à peine le temps de se débarbouiller en vitesse. Adieu aux rancheros, à Jenny et Ushi. Nous partons dans le pick-up conduit par Max vers 17h40.
Ca roule plutôt bien et nous arrivons vers 19h00 à l’aéroport. Navette pour l’hôtel. Nous avons une chambre immense avec salle de réunion ! Dîner salade (je n’ai pas très faim). Couchés à 9h30 et réveillés vers minuit par un vacarme étourdissant. Embouteillage monstre et comme le double vitrage est une option… nous n’avons pas très bien dormi.
Dimanche 25 mars
Levée vers 6h20, douche, sac. Départ pour l’aéroport. Petit déjeuner au Starbucks et dépense des derniers sous.
Vol dans un minuscule avion pour Houston ; j’avais grogné quand l’hôtesse m’avait donné mon billet hublot, mais en fait je suis hublot ET couloir.
Escale à Houston avec passage en règle de la douane, photo, empreintes… (un de ces quatre, ils vont me virer). Nous nous posons à la porte d’embarquement et Patrick et Anita repartent faire du shopping. Vol long avec programme vidéo inintéressant et repas acceptable.
Les bagages sont tous là, il ne fait pas trop mauvais.
Allez, j’ai une semaine pour tout laver, repasser et préparer pour repartir. La vie est dure je dis moi…
18:10 Publié dans Amérique centrale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mexico, cheval, randonnée, équitation
03.04.2012
Mexique, chevaux et papillons
Le Mexique est surtout connu pour ses plages, ses sites archéologiques et… sa tequila. Il existe pourtant un Mexique très différent, moins fréquenté par les touristes, dont la beauté et l'intérêt sont tout aussi attrayants. C'est celui du Mexique aux paysages alpins, au climat méditerranéen, à la cuisine succulente et à la vraie hospitalité du coeur, où l'adage "mi casa es tu casa" reste un principe. Découvrir ce Mexique secret à cheval est une expérience hors du commun.
Nous avions rendez-vous à 8 heures du matin dans le lobby de l'hôtel à Mexico où ont été hébergés les cavaliers de divers horizons que nous sommes. Direction Valle de Bravo. Deux heures trente de route vers l'ouest pour atteindre une ville coloniale typique : rues pavées, toits aux tuiles rouges, murs blancs aux balcons décorés, "plaza" (la place centrale) avec son kiosque et son église.
A la sortie de la ville se trouve Finca Enyhe où nous allons passer la semaine. La "finca" (ferme) est tout simplement sublime : un patio central avec sa fontaine, quatre vérandas aux hamacs multicolores, huit chambres spacieuses avec des salles de bains joliment décorées, un impressionnant jardin de fleurs autour d'une piscine et d'un jacuzzi. Le cadre idéal pour des vacances de rêve.
Une fois installés dans les chambres, nous partons faire connaissance avec les chevaux qui nous ont été attribués en fonction des informations que nous avons communiquées quant à notre niveau et expérience équestres. Ils sont à l'attache autour d'une cour ombragée de grands ceibas (kapokier, l'arbre maya traditionnel). Ils sont bais, palominos, noirs, alezans, certains avec les typiques selles mexicaines, d'autres western et quelques-uns encore avec des selles de type anglais. Quant à la sellerie elle est stupéfiante. Un régal pour les amoureux de chevaux. Ici se mélangent des douzaines de selles, anglaises, western, mexicaines, des centaines de harnais, mors, tapis, brides, longes, cravaches, lassos, éperons… Tout est étincelant de propreté. L'équipe de palefreniers fait un travail tout simplement remarquable. Une petite carrière, entourée d'une palissade de bambous et de fleurs, nous permet de tester chevaux et selles. Une première balade à la toute proche forêt de Monte Alto avec son panorama sur le lac, la ville et les montagnes à perte de vue nous met en appétit pour la semaine à venir.
De retour à la finca, nous profitons de ses superbes jardins parsemés d'arbres fruitiers et surtout de ce qui va devenir notre rituel de la fin de journée : quelques longueurs dans la piscine, suivies d'un bain dans le jacuzzi dont les bulles détendent agréablement nos muscles fatigués par la journée en selle. Certains d'entre nous en profitent pour siroter un cocktail en admirant les chaudes couleurs du coucher du soleil. A 19h30 précises, le dîner est servi. Nous nous régalons des plats mexicains traditionnels servis sur l'immense table de la salle à manger où nous partageons notre repas, mais aussi boissons et grandes discussions, avec nos hôtes. Ce sera l'autre de nos rituels nocturnes pendant notre semaine à Finca Enyhe.
Le Mexique ce ne sont pas que le désert et les cactus, Valle de Bravo en est la preuve. Situé dans les montagnes de la Sierra Madre, à 1800 mètres d'altitude, cette superbe petite ville est entourée de forêts de conifères. Nous sommes lundi, nous avons quitté la finca à cheval tôt le matin et nous commençons à grimper les premières montagnes, éblouis par la grande variété de pins, de chênes ainsi que nombre d'autres espèces d'arbres et plantes qui nous fournissent de l'ombre.
Les chevaux sont bien dressés et sûrs, passant sans encombre les différents cols. Bien qu'ils respirent fort et transpirent, ils ont assez de ressource pour se lancer au galop dès qu'une prairie apparaît ou qu'une vallée nous offre de l'espace. Nous nous sommes élevé de plus de 900 mètres en seulement deux heures, et à 2700 mètres d'altitude la température est parfaite. Après trois heures, nous nous arrêtons pour le déjeuner. Un vrai déjeuner mexicain avec des tortillas, des boissons fraîches et de la bière, transporté par Pedro, la mule de bat. Le soleil brille dans un ciel bleu sans nuage, le vent souffle juste ce qu'il faut pour agiter les aiguilles des pins, créant une douce musique apaisante. Nous sacrifions de bon cœur à la tradition de la "siesta", allongés dans l'herbe.
L'après-midi, après une heure à cheval, nous apercevons le village de Los Saucos, avec ses drôles de maisons qui s'étalent en plein milieu de la vallée. Nous abandonnons nos chevaux dans des boxes rustiques et rentrons en voiture à la finca. Nous prenons une douche rapide pour enlever la poussière et retrouvons avec plaisir la piscine, le jacuzzi et une bonne margarita. Après un dîner mexicain délicieux, accompagné de vin chilien et de conversations animées sur la journée à cheval, tous les cavaliers apprécient le grand lit confortable de leur chambre.
L'endurance des chevaux ne cesse de nous surprendre. Ils montent et montent encore et nous n'avons jamais besoin du moindre éperon ou cravache pour les faire avancer. A 3600 mètres d'altitude, quelques cavaliers commencent à sentir la raréfaction de l'oxygène, mais les chevaux ne semblent absolument pas incommodés. Au sommet de la montagne, la forêt se transforme. Il n'y a plus de chênes et les pins sont rares. Par contre les sapins couvrent les montagnes, fournissant un abri à un phénomène incroyable. Après avoir volé sur plus de 3000 kilomètres depuis le nord-est des Etats-Unis et du Canada, les papillons Monarques arrivent dans les montagnes mexicaines pour hiberner. Les papillons arrivent par millions dans les forêts de sapins dans les premiers jours de novembre et y restent jusqu'à mars. Cette migration existe depuis des milliers d'années et la légende locale veut que ces papillons soient les âmes des ancêtres disparus, venus célébrer la fête des morts du 2 novembre. Pendant les cinq mois de leur présence, les papillons se rassemblent dans des lieux spécifiques appelés Sanctuarios de la Mariposa. Là, ces papillons colorés transforment les sapins, les font ressembler à des chênes aux feuilles couleur d'automne.
Nous attachons les chevaux à quelques arbres et parcourons à pied la dernière partie du chemin. Les papillons orange-brun ressemblent vraiment à des feuilles. A tel point que le guide doit nous les signaler pour que nous les voyions. Tout à coup, la chaleur du soleil les réveille et ils s'envolent. Le ciel, les arbres, les plantes, tout est recouvert de différents tons d'orange. Il y a en tellement qu'on peut entendre le bruissement de leurs ailes. De nombreux papillons se posent sur le sol pour boire la rosée restée sur l'herbe. Ils sont partout ! Même sur nos chapeaux, nos vestes… Plus personne ne bouge. Nous sommes pétrifiés par la stupeur. Un phénomène aussi impressionnant n'a pas de nom. Extraordinaire, inoubliable, incroyable, stupéfiant, indescriptible. Aucun mot ne peut s'approcher de la magie de ce phénomène naturel.
Le lendemain la journée commence dans l'un des plus beaux ranchs de la région, le "rancho La Compañía". Ici nous pouvons admirer des chevaux de course, des coqs de combat et des animaux sauvages dans un zoo, tout en parcourant à cheval des sentiers longeant des lacs superbes. Après les trois heures à cheval habituelles, notre pause déjeuner nous conduit aux côtés de El Peñon, une immense formation rocheuse. La vue est superbe. Le volcan El Nevado se lève à l'horizon, tandis que des ailes multicolores des parapentes et ULM colorent le ciel avant de se poser au pied du lac.
On allume le feu, les chevaux sont attachés et nous aidons à décharger la mule. En moins de cinq minutes, le mole, les haricots, les tortillas chauffent sur le feu. Il y a également de la salade de nopal, des avocats et du fromage pour les tacos. Un vrai déjeuner chaud, ça c'est du pique-nique !
Une heure et demie plus tard, une autre roche apparaît devant nous, mais cette fois sous nos sabots. La roche, nommée El Coloso, est presque plate et fait près de 50 mètres de large. Tandis que nous passons à cheval dessus, le sol résonne sous nos pieds. A l'ouest une autre formation étonnante attire l'œil : trois grandes roches, chacune au haut d'une colline, forment une colonne du nord au sud, au-dessus d'une vallée 900 mètres en contrebas. Ce sont les fameux "Tres Reyes" (trois rois).
A Cerro Gordo, aujourd'hui, pour la première fois, nous sentons la fraîcheur. Juste de quoi nous faire mettre nos vestes qui sont restées attachées à nos selles toute la semaine. Après cinq minutes, le sentier tourne vers le sud et le froid disparaît. Un long galop sur un terrain propice aide également à nous réchauffer. Le sentier devient étroit et nous voyageons en file indienne. Nous longeons la montagne et pouvons voir la vallée Zacazonapan, 700 mètres plus bas. Au loin, des rangées de montagnes jusqu'à l'horizon.
Après le déjeuner, nous descendons vers le lac. De part et d'autre du sentier le panorama est superbe : à droite, le lac et la ville avec le volcan El Nevado en arrière plan ; à gauche, un petit village avec son église blanche entouré de champs cultivés, dessinant des carrés de couleur. Au bas de la montagne, notre guide nous mène vers une vallée où nous laisserons les chevaux.
Au bord du lac, un bateau nous attend, attaché à une souche ; un troupeau broute les algues tout à côté. Le guide nous montre les différents sites que nous avons parcourus à cheval. Le trajet nous fait passer au pied de La Peña, une roche imposante sur laquelle les Aztèques effectuaient des sacrifices humains au dieu soleil. Nous sommes tous ravis de ce nouveau voyage. La balade n'a rien à envier à celles que nous avons faites à cheval. Quelques jeunes prenaient des leçons sur leurs petits voiliers tandis que deux touristes courageux faisaient du ski nautique dans une eau glacée. Un vrai paradis pour les amateurs de sports nautiques, un pur moment de détente pour nous après une longue journée à cheval.
Notre petit déjeuner mexicain est servi très précisément à 7h30 tous les jours. Après avoir traversé le lac une nouvelle fois, nous retrouvons nos chevaux et sentons rapidement la différence dans le climat. Nous comprenons vite pourquoi cette zone est appelée "Tierra Caliente", la terre chaude. La végétation est totalement différente de ce que nous avons vu les jours précédents. Il n'y a plus d'arbres, seulement des buissons et des cactus, le Mexique tel que nous le "connaissons". Sans ombre pour nous protéger du soleil, cavaliers et chevaux commencent vite à transpirer. Fort heureusement le long du lac, la brise légère nous rafraîchit un peu.
Après deux heures à Tierra Caliente, les chevaux sont trempés. L'eau d'un ruisseau leur permet de se désaltérer quelque peu. Un groupe de paysans en tenues multicolores arrose un champ de fraises avec l'eau d'une petite rivière. Quelle différence dans le paysage ! A plusieurs occasions le sentier suit cette rivière et nous apprécions le bruit de l'eau dans les roches. Puis le sentier commence à monter et les chevaux font un nouvel effort. Conscients de leurs efforts depuis le début de la semaine, nous les laissons avancer à leur rythme. Il est 12h30, le soleil tape fort et le guide lance un galop. Tous les chevaux suivent, y compris la mule, comme s'ils étaient tous frais, tout juste sortis de leurs boxes. Si ça, ça n'est pas de l'endurance.
Les pins apparaissent de nouveau et leur ombre rafraîchit agréablement montures et cavaliers. Les chevaux assoiffés boivent dans un filet d'eau qui croise le sentier. Le déjeuner est le bienvenu, à l'ombre des pins. Après avoir poursuivi l'ascension un moment, le guide abandonne le sentier et se fraye un chemin vers la rivière au pied de la colline. Nous laissons boire les chevaux tout leur content, tandis que nous levons les pieds pour épargner nos bottes.
La semaine est passée trop vite. C'est déjà le dernier jour à cheval. Aujourd'hui nous déjeunerons à Finca Enyhe, la mule ne porte donc que quelques affaires de première nécessité. Ce brave Pedro aura porté toute la semaine la glacière comportant boissons et provisions avec un courage exemplaire, nous suivant toujours avec entrain, même dans les galops. Cinq minutes après notre départ, une grande prairie nous donne l'occasion de partir dans un petit galop qui se finit à fond de train. A la fin de la course, la mule est bonne dernière, mais elle nous a suivis sans rechigner.
Poursuivant notre descente, un village apparaît dans la vallée et le vent nous apporte le son des cloches. Un chien commence à aboyer, bientôt suivi d'une douzaine d'autres qui s'approchent. Les chevaux les ignorent indifférents. Un groupe de femmes se dirige vers l'église. Quelques enfants qui jouent aux billes dans la rue s'écartent pour laisser passer les cavaliers. Dans un coin, le boucher prépare un cochon, de l'autre côté de la rue le propriétaire du moulin attend le maïs qui servira à faire les tortillas. Les maisons sont toutes peintes en blanc, les toits de tuiles rouges couvertes de mousse. L'église est peinte de plusieurs couleurs et la statue de San Francisco (le saint patron de la ville) trône au-dessus de la porte principale. Un troupeau de moutons nous coupe la route suivi d'un gamin qui essaye tant bien que mal de les déloger d'un jardin où ils se régalent de laitues, oignons et radis. Les gens sortent de leur maison pour regarder les chevaux et leurs cavaliers gringos. Nous avons l'impression d'être entrés dans un vieux western mexicain.
Le séjour se termine autour de la piscine et nous accordons tous à dire que nous avons vécu un séjour cinq étoiles. Tout a été de premier ordre : l'attention du personnel, la gentillesse de nos accompagnateurs, les détails de l'organisation, la logistique impeccable, la beauté et qualité des chevaux, les selles, la diversité des chemins, la beauté des paysages, les repas délicieux, et ce sens de l'hospitalité mexicain incomparable.
Mais finalement ceux qui ont droit à tous les honneurs, ce sont les chevaux. Une fois créés les binômes lors de la première matinée, personne n'a plus changé de cheval. Aucune raison de le faire. Ils étaient tous parfaits et aucun cavalier n'a eu à se plaindre. Au pied sûr, dans une condition physique parfaite, un mental extraordinaire, nos montures ont parcouru plus de 200 kilomètres en une semaine. Infatigables, montant et descendant les pentes, au pas et au galop, au frais ou au chaud, traversant les rivières et les villages, ils ont toujours obéit avec une attitude exemplaire. Nous sommes rentrés à cheval à la finca le dernier jour après une semaine sur la route, nos montures étaient en pleine forme, prêtes à repartir après cinq jours de repos bien mérités. Leur disposition au travail et leur capacité de récupération sont tout simplement admirables, choses que l'on n'obtient qu'avec beaucoup de dévouement et d'attention à leur égard.
Les papillons Monarques
Le papillon monarque est un grand papillon (près de 5 centimètres d'envergure) de couleur vive, tant au stade larvaire qu'adulte. Cette couleur orangée indique à ses prédateurs qu'il est vénéneux. On estime qu'il tire son odeur et goût désagréables des arbres et plantes dont il dépend, entre autres les "oyameles" (sapin, classe des abies).
Il se rencontre en Amérique, sur tout le continent australien et dans les îles Canaries, et de manière très exceptionnelle en Europe. Deux fois par an ce papillon migre en groupe de millions d'individus pour parcourir des milliers de kilomètres. Les papillons présents au Mexique viennent essentiellement du nord des Etats-Unis et du Canada. Du mois d'août au mois d'octobre ils se dirigent vers le sud, pour remonter au printemps. A ce jour, c'est le seul insecte connu à se déplacer sur une telle distance.
Les papillons viennent se reproduire au Mexique. Le mâle meurt après l'accouplement, la femelle après l'éclosion des œufs. Les jeunes repartent au printemps puis reviennent à la migration suivante, sur le même site pour s'accoupler et mourir à leur tour.
Lors de la nidification, leur nombre est si important qu'ils recouvrent entièrement les arbres sur lesquels ils sont posés. Le spectacle est étonnant et a donné lieu à de nombreuses légendes depuis la nuit des temps.
Le déboisement et l'industrialisation ont bien sûr menacé ces insectes, fort heureusement des programmes spécifiques ont été mis en place afin de protéger les sites d'hibernation et l'espèce n'est pour l'instant plus menacée.
A votre tour !
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05.03.2012
Magie hivernale au Québec, Canada
Magie hivernale au Québec, Canada
17 au 24 février 2011
Jeudi 17 février
16h15 heure locale de Montréal. Les yeux commencent à piquer un peu...
Vol tranquille, pas trop chargé, mais plein de bébés. Bouffe beurk (saumon ou poulet) avec taboulé, poulet en plastique avec une sauce bizarre, tagliatelles avec épinards et carottes sans goût et un cookie. Crackers infects à l’huile. Snack « wrap » pas mauvais mais qui m’a donné faim. Mais comme je vais dîner en arrivant et que le petit déjeuner a été à base de cookies, il faut que je me calme. J’ai 2 kgs à perdre, et je ne fais rien pour. C’est pas bien. Au retour, faut vraiment que je fasse attention, sortir des recettes régime et arrêter les gâteaux et le chocolat. Sinon après ça va devenir impossible à perdre.
Passage à la douane rapide grâce à une queue spéciale pour les passagers en connexion. La douanière a été surprise par le fait que je parte seule dans une auberge que je ne connais pas « vous n’avez pas peur ? ». Bon d’accord, je ne suis pas rentrée dans les détails mais la plupart des gens vont dans des endroits qu’ils ne connaissent pas et ont réservé sur internet. Ils ne voyagent pas seuls les canadiens ?
Montréal est sous la neige, pas beaucoup dit ma voisine, tout est question de perspective je suppose… Avec ça à Paris rien ne bougerait. Mais il fait 3°C donc plutôt doux, d’ailleurs la météo annoncée pour les jours qui viennent est plutôt correcte. Il y a plein de petits avions à hélice. Je suis sur le terminal des vols locaux, Ottawa, Québec, Bagotville. Bon, il est 16h42, on ne devrait pas tarder à embarquer.
Vol de 34 minutes dans l’un de ces avions à hélice dont je me moquais il y a quelques minutes. Une quarantaine de places avec deux rangées de deux, une seule hôtesse et même un rafraîchissement. Ca tombe bien, j’avais soif.
Gilles m’attendait avec un petit panneau en sortie. Deux heures de route pour arriver à l’auberge, rang 6, une autre façon de nommer les routes qui partent de la route vers la campagne. Il a fallu s’arrêter nettoyer les phares pleins de gadoue neigeuse qui ne laissait absolument pas passer la lumière. Au deuxième arrêt dans une station service, deux poubelles de recyclage annonçaient fièrement leur propriétaire : Veolia. Grr… le boulot me poursuit jusqu’ici !
Gilles et Gina se sont installés il y a un peu plus de 20 ans pour faire de la culture maraîchère bio. Mais à petite échelle ça ne nourrit pas son homme. C’est ainsi qu’ils ont ouvert au public, n’étant pas sur une route passante ils ont ouvert une auberge B&B avec des forfaits gastronomiques et équestres. Au fil des années, ils ont agrandi la vieille ferme, en lui redonnant son cachet d’antan. Ils ont démoli trois maisons et granges pour récupérer toutes les boiseries et fenêtres. Ils peuvent maintenant accueillir une petite dizaine de personnes dans une maison avec des escaliers partout. Les pièces ont toutes leur salle de bain plus ou moins séparée. Ma chambre, plus petite, arbore sa baignoire au pied du lit et le WC derrière un paravent. Pour une personne seule c’est largement suffisant. Seule critique, afin de donner un côté cosy, comme à la maison, il y a une commode, un fauteuil à bascule, bref ça manque un peu de place pour s’étaler. Mais on a vraiment une impression de logement chez l’habitant et non de prestation hôtelière.
Il y a des peintures de Gina sur les murs, des photos, ses diplômes équestres, plein de livres. Un immense jacuzzi permet de délasser les muscles endoloris et satisfaire une clientèle nord-américaine friande de ce gadget. Le seul truc moderne qui détonne avec le reste de la maison en fait.
Je m’installe pendant que Gille repart chercher la viande oubliée à l’épicerie. Je trouve Gina dans la cuisine qui me demande si je veux manger quelque chose. Un truc léger, il est 20h30, je commence à sentir la fatigue. Elle me fait un sandwich œuf-mayonnaise, quelques morceaux de fruits, une tisane. Rendez-vous pour le petit-déjeuner entre 8h30 et 9h30 et aux écuries à 9h45. Dodo
Vendredi 18
Levée à 7h30 pour préparer mes affaires, ranger, douche. Les chevaux sont dans le pré, juste sous la maison.
Petit déj de pain perdu et morceaux de fruits noyés, littéralement, sous le sirop d’érable. Limite trop, mais avec du café et jus de fruit, j’ai tout fait descendre.
Session internet pour rassurer mes mamans par procuration que tout va bien. Discuté un peu clients et niveaux équestres avec Gina et Gilles. Je demande des conseils sur l’habillement. Il fait environ 1°C, pas vraiment froid mais je suis couverte façon grand nord. Je passerai la randonnée en blouson de ski et polaire grands ouverts et à avoir trop chaud à chaque galop. Comme il plein un peu, Gina me prête un huilé australien. « Bonjour, mon nom est Bibendum. »
Gina a entré dans les boxes les chevaux que nous montons. Guy, guide, est venu pour le plaisir de monter Montana une jument fraîchement arrivée, et Hélène, une amie dont le cheval est en pension, se joint à nous pour la balade.
Pansage, ça faisait longtemps que je ne brossais pas un cheval tiens ! Les pieds sont équipés d’une coque en plastique afin d’empêcher que la neige ne vienne se coller et accumuler créant ce talon qui lorsqu’il se détache fait perdre l’équilibre au cheval. Et surtout ça se colle tellement que ça fait de la glace difficile à retirer. Faudra que je lève un pied pour voir à quoi ça ressemble exactement. Je me suis fait un copain avec le chat de l’écurie qui à coup de grands miaulements m’explique qu’une simple caresse derrière les oreilles ne va pas suffire. Trop câline.
Nestley (9 ans) est une gentille jument, pleine d’énergie, infatigable qu’il faut juste tenir un peu quand on accélère car elle irait bien plus vite. Ici on reste en ligne, je m’installe derrière Gina qui monte la grand-mère de ma jument.
Le cheval noir canadien a son studbook depuis la fin des années 70. C’est un croisement de percheron (pour sa puissance et robustesse idéales dans la neige), d’arabe (pour son endurance), de trotteur anglais (« pour aller faire les courses ») et d’andalou (pour la crinière). Ca donne un cheval assez trapu à l’arrière main très large, une robe brun foncée (avec quelques cas alezans aux crins noirs très recherchés), une crinière frisée fournie. Ils sont puissants et avancent rapidement même dans la neige épaisse où ils s’enfoncent allègrement.
Un petit tour en carrière me permet de reprendre mes marques. Mes éperons me manquent mais sur les bottes de neige ça le fait pas. Dressage Western, le « wo » fonctionne super bien. A ne surtout pas utiliser pour ralentir.
Nous partons sous une petite pluie fine. En fait ils ont eu pas mal de neige cet hiver. Tout est blanc, c’est superbe. Il fait gris mais la lumière sur la neige est un peu gênante. Avec mes verres gris c’est encore plus gris mais je vais peut-être épargner un peu mes yeux. Ca serait bête de me casser dès le premier jour. J’ai mis ma crème solaire 50, ça protégera de la réverbération et en plus épaisse comme elle est ça protège la peau du froid.
Nous discutons, j’ai parfois du mal avec l’accent local, surtout quand ils parlent entre eux. La forêt est composée de 3 sortes d’épineux. Les cèdres permettent de faire des huiles essentielles très intéressantes.
Gina est une touche à tout. Elle peint, cuisine, retape la maison, fait des massages, chante (un peu faux) et danse la country. Et oui ! Elle va à des cours en hiver et emmène les clients qui le souhaitent. Elle fait aussi un peu de cirque équestre, a passé et continuer à passer différents diplômes équestres en accompagnatrice de randonnée. Gilles a passé deux ans en France dans le Périgord pour apprendre la cuisine, dont le gavage des oies pour faire le foie gras qui est l’un des attraits de l’auberge. Au printemps, il prépare une soixante de foies… et les confits de canard qui vont avec.
Ils ont deux garçons de 17 et 20 ans qui bien sûr montent à cheval. Le plus grand est dans le grand nord au Nunavit pour construire un aéroport. Il rentre dans 2 semaines et ils ferment quelques jours pour prendre des vacances ensemble. Ils vont à un rodéo à Montréal.
En quittant la piste, d’abord le sentier à raquettes puis une piste de ski-doo, nous nous engageons dans le sous-bois. Tout l’hiver Gina entretien les sentiers en y passant régulièrement de façon à tasser la neige et conserver le chemin. Quand une grosse averse de neige survient, il faut recommencer…
Comme ça a passablement fondu il reste peu de neige sur les branches. Gina nous prévient quand même de faire attention car la dernière fois des entassements de neige de 30 cm tombaient sur les cavaliers. Joignant le geste à la parole elle secoue une branche derrière elle et me couvre de neige. « Il n’y a pas d’âge pour faire ce qu’on aime » me lance-t-elle. Tout à fait d’accord. A quoi sert la neige sinon à faire des batailles de boules de neige ? Sur un sentier un arbre tombé au travers du sentier nous oblige à faire demi-tour. Et oui, étant donnée l’épaisseur de neige impossible de contourner. On ignore l’épaisseur autour des arbres nous entourant, c’est un coup à rester enterré, enfin… enneigé. Nous faisons demi-tour tant bien que mal. Montana se retrouve en tête ce qu’elle n’apprécie que modérément. Nous empruntons la route déserte et couverte de neige qui nous permet un long trot. Dans un sentier à la neige tassée nous avons pu galoper. Trop géant. Je ressens une étrange impression de sécurité. Comme il est impossible de marcher dans cette épaisseur de neige, le cheval permet de se balader dans des endroits hors d’atteinte à pied et probablement fatigants en raquettes.
Bon, je repasserai pour le régime. Gina vient de m’apporter des nachos et de la salsa pendant que je suis assise à tenir mon journal. « je vais prendre 10 kgs », « Laisse-toi aller ». Allons bon, ça fait pas 24 heures qu’on se connaît. Okay les filles, laquelle d’entre vous a appelé ?
Musique douce, vue sur la campagne et le soleil couchant, bonnes odeurs de cuisine (l’auberge est complète demain, Gille prépare les plats), écrire mon journal dans ces conditions est un vrai bonheur.
Au bord d’une large piste je suis surprise par ce que je prends pour des cordes croisant un sous-bois dans tous les sens. En y regardant de plus près ce sont des tubes fins et les arbres des érables. La saison de la récolte commence. Les arbres sont incisés et les tubes permettent de récupérer la sève et la mener jusqu’à la cabane à sucre où elle sera traitée. La visite sera pour un autre jour, « on ne va pas tout dévoiler le premier jour ».
Nous nous arrêtons déjeuner, « dîner » disent-ils, dans une petite cabane que Gilles a retapée. Un poêle à bois fournit la chaleur (j’enlève 4 épaisseurs) et Gilles y a apporté notre pique-nique : des sandwichs délicieux jambon, fromage, salade, tomates séchées, quelques bâtonnets de carottes, pomme et barre de céréales au beurre de cacahouète, pardon d’arachide. J’aurais dû prévoir une bouteille d’eau. Gina a apporté du chocolat chaud (gentil, mais raté). Hélène partagera son eau avec moi.
Nous parlons histoire. Hélène est impliquée dans un projet de restauration et mise en valeur du passé de Mont Mégantic, la région où nous sommes au cœur de la Beauce, les cantons de l’est francophones à 95%.
La pluie est assez vite partie et revenue pour quelques gouttes mais rien de méchant. Faire pipi dans la pampa c’est pas facile mais dans la neige quand on s’enfonce jusqu’aux cuisses c’est pas terrible non plus, surtout quand il faut enlever les épaisseurs. Les bretelles du pantalon de ski sont sous la polaire et le blouson. Finalement c’est bien que le pantalon soit grand, je l’ai mis par-dessus le jean.
Nous repartons. Gina semble avoir quelques soucis avec sa droite et sa gauche ce qui nous permet de la taquiner. Nous rentrons chevauchant côte à côte pour discuter. Voyages essentiellement.
Retour tranquille relativement de bonne heure. Nous dessellons, posons la couverture qui a servir à protéger les selles de la pluie au déjeuner sur les chevaux. Ils fument. Un peu de granulés, du foin. Nous partons prendre un café avec Hélène et Gina. Il est 15h30, j’ai un peu mal aux épaules, j’ai tenu Nestley assez fermement alors forcément ça tire. Bon d’accord tout ça pour dire que la balade à raquettes on verra un autre jour. Douche et écriture. Ce soir je dîne avec Gina et Gilles dans la cuisine, plutôt qu’en cliente dans la salle à manger. Ensuite nous irons voir les cowboys faire du taureau mécanique.
Pris quelques photos. Dans la cabane avec Guy on plaisantait que je m’étais trouvé un mari, du coup je leur ai raconté que mes collègues voulaient à tout prix me caser. Ca nous a permis de bien délirer et en fin de balade passant à côté d’une minuscule cabane, Gina m’a annoncé qu’elle était pour ma lune de miel.
Voilà, j’ai écrit pendant 1h30, j’ai la main explosée. On va s’arrêter un peu. Dîner à 19h00, il est 18h00, il fait nuit noire. J’ai le temps de faire un peu de broderie, sauf si Gina accepte que je l’aide à préparer pour demain.
De grands bruits au-dessus de ma tête m’ont intriguée jusqu’à ce que je comprenne que ce sont les plaques de neige qui tombent.
Dîner dans la cuisine avec eux et William, le fils, venu pour le week-end. Il passe la semaine en ville au lycée. Apparemment il partage un appartement et il demandait des idées de plats rapides à faire pour changer son quotidien. Il faut dire qu’avec la cuisine qu’il a à la maison, les surgelés, sandwichs, ça doit vite lasser.
Puis je suis sortie avec Gina, à la Guadeloupe, à 15 minutes, un restaurant relais pour le ski-doo qui organise des soirées. Le vendredi c’est rodéo mécanique. Sauf qu’en fait d’amateurs ce sont de vrais cowboys qui s’y mesurent pour un prix en $. De sacrées pointures, avec un vrai arbitre de rodéo pour juger et accorder les points. Il ne suffit pas de tenir les 9 secondes, encore faut-il le faire correctement. Une petite bière pour accompagner tout ça. Retour à 11h00, à ce rythme le décalage horaire va vite être encaissé.
Samedi 19
L’auberge va être au complet pour le week-end. 4 chambres ici et 2 chez le voisin. Le grenier permet d’accueillir 5 personnes dans la même pièce. Pour ma part, je dois déménager pour 2 nuits. Je ne perds pas vraiment au change. La pièce est toute petite mais très agréable. Par contre, c’est une pièce de passage, pas vraiment destinée aux clients car elle n’a pas de salle de bain. Je partagerai celle de la famille.
Des geais bleus viennent manger dans les mangeoires. J’avais oublié combien ces oiseaux sont beaux. Gina ne les aime pas car ils sont assez agressifs et empêchent les plus petits de manger.
A mon réveil j’ai vu qu’il neigeait et ça doit faire un moment car tout est recouvert. Bon d’accord c’était déjà tout blanc, ça l’est encore plus (« plus blanc que blanc » ? ). La route notamment est toute blanche.
Petit déjeuner céréales, tartine beurre confiture et fruits. Cet après-midi il y a une balade pour les clients donc Gina m’a proposé une petite balade ce matin. La nature changera un peu nos plans.
Je monte Comanche, une apaloosa crème assez nerveuse au box à mon arrivée. J’ai fini par l’attacher pour pouvoir la brosser. A force de câlins elle a fini par moins bouger mais c’est le genre d’attitude qui ne me met pas en confiance pour la suite.
Gina monte Mika, une jument qu’elle a récupéré un peu en catastrophe quand un autre de ses chevaux a déclenché une nouvelle fourbure l’empêchant de travailler. La jument est habituée à suivre, pas à être en tête et cette position ne lui plait clairement pas. Elle rechigne à chaque changement de direction ou nouvel obstacle. Nous traversons la route pour partir et nous engageons dans une large piste. Nous prenons ensuite un petit sentier en sous-bois et devons faire demi-tour quand il s’avère impraticable. Avec la nouvelle neige tombée, l’épaisseur des tours est conséquente et Mika bondit dans tous les sens quand elle se retrouve enneigée. Commanche par contre s’en sort en muscles, sans efforts brusques. Elle a un trot super confortable. Un vrai jog lisse qui me permet de rester assise. Nestley hier était plus saccadée. Faisant donc demi-tour, je prends la tête et nous prenons un autre sentier que nous devons également abandonner assez vite. Nous reprenons la route, passons devant la maison et allons chercher une autre allée plus loin. Une congère, ici ils appellent ça un banc, coupe le chemin. Elle fait bien 1.20 m mais Gina veut qu’on la passe car elle n’est pas bien méchante. Mika ne veut rien savoir et je n’arrive pas à faire passer Commanche qui elle également est une suiveuse. Ici la rando se fait en configuration chacun à sa place, même si on fait du botte à botte ponctuellement. Gina décide de mettre pied à terre pour faire passer Mika en main. Et ça sera la débâcle. Mika lui échappe des mains, je n’arrive pas à l’intercepter (faut dire qu’avec toutes les épaisseurs question souplesse on repassera) et Mika détale au triple galop. Commanche forcément se dit qu’elle va faire pareil. Je finis par réussir à l’arrêter tandis que Gina me crie de descendre. Tout à fait d’accord pour descendre, mais à l’arrêt de préférence et de mon propre chef et non sous forme de chute. Franchement j’ai bien cru que j’allais me vautrer, je ne sais pas comment j’ai réussi à tenir. Une fois à terre il m’a fallu un moment pour l’immobiliser car elle voulait toujours partir. Gina de son côté appelait Gilles pour le prévenir et s’assurer qu’il récupère Mika. Commanche a fini par se calmer et nous voilà parties en direction de la maison à pied. Gina demande à Gilles de venir me récupérer, mais je lui dis que non, je peux marcher, on n’est pas bien loin !
Il n’arrête pas de neiger, plus ou moins dense, façon blizzard par intermittence, avec du vent. Et sur la route forcément on l’a pris de face, sinon c’est pas drôle. Gilles avait demandé s’il devait rapporter la jument mais étant donnée la situation nous avons mis fin à la sortie. Faut pas pousser et la nature nous a bien montré ce matin qu’elle ne voulait pas de nous à cheval.
Nous nous occupons des chevaux et Gina me propose une sortie en raquettes. On va aller voir l’état du sentier cavaliers pour s’assurer que la balade de cet après-midi est possible. Les raquettes sont top, rien à voir avec les machins en plastique du séminaire à Val d’Isère. Une armature en métal des attaches qui tiennent, une surface plus conséquente. Bref de la vraie raquette et avec la quantité de neige super fine et le terrain plutôt plat, pas besoin de bâtons. Nous n’allons pas loin, mais c’est agréable. Le terrain est praticable, nous revenons à la maison.
Gina me demande si je veux déjeuner avec eux, pour mon grand plaisir. Toute seule dans la salle à manger ça fait trop cliente (même si dans le fond c’est ce que je suis). Soupe et rillettes de dinde maison, celles qu’il a préparées hier. Un régal, beaucoup moins gras que les rillettes de porc traditionnelles. William a fait des cookies. Gentil comme tout ce garçon. Poli, bien élevé, il adore passer du temps avec son père et ils discutent de tout.
Je propose à Gina de l’aider à préparer les chevaux des clients. Elle m’a demandé si j’accepterais de rester en queue lors de la balade de façon à pouvoir prendre la tête si jamais nous devons faire demi-tour. Rendez-vous aux écuries à 14h10. Les clients ont commencé à arriver. Je m’allonge 30 minutes. 10 minutes pour s’habiller et je retrouve Gina à l’écurie.
Un jeune couple me devance, un autre arrive juste derrière. Gina demande les niveaux, ce sont tous des débutants. J’aide à distribuer les brosses, seller, mettre les filets, amener les chevaux. Je pense qu’ils ont cru que je faisais partie de l’équipe. Un peu inquiets quand ils m’ont vu monter en selle sans gants. Mais comme on dit chez nous « gato con guantes no caza ratones », chat ganté n’attrape pas de souris, difficile de préparer les chevaux avec des gants en micropolaire. Voilà un investissement dont je suis heureuse. Ils sont fins, agréables, chauds et m’ont coûté des clopinettes.
Nous voilà partis pour 2h30 de pas dans les sous-bois. Avec la neige qui tombe depuis 2 heures du matin, les sapins sont recouverts, tout est blanc, c’est absolument magique. Un vrai paysage de carte postale avec une neige poudreuse toute fine qui ne colle pas. Par contre la balade tout au pas, ça ne réchauffe pas vraiment. Je commençais à avoir froid aux pieds. L’avantage du sous-bois pourtant est de couper le vent plus présent dans les quelques prairies que nous traversons. Ils sont tous mis les bombes proposées par Gina. Ici l’équitation est classée en sport extrême et dans le cas du centre il faut bien sûr signer la décharge mais le club est obligé de proposer des bombes. Même si heureusement le port n’est pas obligatoire.
Hier Gina avait oublié de me la proposer. Elle s’en est souvenue à la cabane. Je lui ai dit que non merci, je ne lui tiendrais pas rigueur de ne pas me l’avoir proposé avant.
Retour vers 16h30. Petit café muffin avec un des couples et belle maman qui leur a offert ce week-end surprise (mais était-elle obligée de venir…).
18h00 je vais aller me laver, les autres clients ont envahi le jacuzzi. Moi d’abord je ne suis pas plus fan que ça et dès lundi je l’aurai pour moi seule, alors…
Gina m’a demandé de rester du côté « clients » car ils vont beaucoup circuler et avoir du travail. Bref, ouste de ma cuisine, mais c’est vrai que là je dérangerais. Et puis bon, je ne vais pas m’imposer non plus. Ils ont droit à un peu d’intimité.
Dîner à tomber par terre. Le forfait gastronomique n’a rien à envier aux grandes tables. Entrée salade au saumon, avec du saumon fumé au sel à froid par Gilles. On l’avait vu préparer son plat hier avec tout un mélange de condiments. Accompagné de mâche, canneberges, amandes. Suprême de pintade avec une sauce succulente accompagnée de petits légumes. En dessert fondant au chocolat coulis de framboise. TOUT fait maison. L’auberge n’a pas de licence d’alcool, les gens apportent donc leurs bouteilles.
De petits haut-parleurs placés dans les coins des pièces à vivre permettent d’avoir un fond musical très agréable et varié. Probablement un plateau de 4-5 CDs qui tourne en aléatoire. Un peu fatiguée par Shade à force mais la guitare espagnole est superbe.
Lu un peu, de toutes façons les pièces ne sont pas insonorisées, donc le bruit de la salle à manger est assez gênant. Mais à 22h00 tout le monde est parti se coucher.
Dimanche 20
Réveillée à 5h30, c’est bon le décalage est intégré, c’est mon heure normale. Le chasse neige est passé deux fois.
Il fait gris mais le soleil commence à percer à travers les nuages. De jolies ombres parsèment la neige. Quelques clients sont là. Œufs, fruits, sorte de croissant et beurre d’érable. Une sorte de pâte à tartiner super bonne et une alternative au traditionnel sirop. C’est du sirop chauffé et baratté qui devient crémeux. Ca n’est pas vendu à l’exportation, donc moins connu. Va falloir que j’en rapporte.
Gina m’a proposé de me joindre à la balade qu’elle fait pour deux clients. « Ca sera la même qu’aujourd’hui » m’a-t-elle averti hier soir. Si tu veux, tu peux te reposer le matin, nous partirons à 12h30 avec le van pour une balade chez des amis.
J’ai décidé de faire la balade, la lumière sera sans doute différente. Je traque la photo, bien m’en a pris.
Le soleil a percé, je fais quelques photos de la maison et des paysages sous un beau ciel bleu et le soleil. Par contre, ça gèle. Je vais vérifier le thermomètre. Pas étonnant, il fait -15°, contre -4° hier. J’aide Gina à préparer les chevaux des clients comme hier. Je remonte Commanche toujours un peu anxieuse au premier abord mais avide de caresses.
Finalement, nous partons pour une balade différente. Le départ s’avère laborieux. La jument de Gina est moyennement convaincue à l’idée de devoir repartir dans la neige. Pollie, un superbe mâle avec une crinière d’andalou, déprime un peu. Il n’a aucune envie de s’engager dans la neige. Du coup, je pars devant, tandis que Gina pousse Pollie afin qu’il prenne le sentier. Je resterai en tête un bon moment en profitant pour prendre des photos avec des gens de face, sans bombe et avec un superbe soleil. Sans compter qu’en étant devant, je profite d’un paysage vierge et libre devant moi. Magie hivernale est un doux euphémisme, c’est tout simplement trop beau.
En fait il a beaucoup neigé cet hiver, rendant certains passages impraticables. Je suis restée devant un bon moment et sans risque de me perdre car il suffit de suivre la tranchée dans la neige. Gina reprend la tête en arrivant à une allée nous menant vers la cabane à sucre traditionnelle. Nous sommes dans une érablière. 25000 entailles prennent l’eau des érables. Les tuyaux fins créent un véritable labyrinthe de fils bleu pâle. Dans le temps, chaque arbre était entaillé et la sève tombait dans un petit seau. Les employés versaient la sève dans des tonneaux tirés par des chevaux. Ceux-ci faisaient le trajet seuls entre les arbres et la cabane. C’est vers 14h00 que l’écoulement est le plus important et que donc on récoltait. A la cabane, on mettait l’eau d’érable dans une marmite que l’on faisait cuire plusieurs heures. Les chevaux avaient leurs boxes où ils se reposaient jusqu’au lendemain tandis que dans la cabane on travaillait jusque tard dans la nuit.
Aujourd’hui le réseau de tuyaux amène la sève jusqu’à la cabane à sucre et le foyer à bois a été remplacé par du mazout. Plus de chevaux, moins de main d’œuvre, la modernisation est passée par là mais le sirop est toujours aussi bon (et cher).
Nous rentrons à l’auberge vers 12h00. Mes québécois me remercient pour l’aide apportée persuadée que je suis guide. J’aide à desseller, un coup de balai, Gina aime que son écurie soit propre. Mon couteau m’est bien utile quand je dois couper les ficelles d’un ballot pour donner du foin aux chevaux. Ils sont super bien nourris, mais vu comme ils se dépensent dans la neige, ils en ont besoin.
Nous avalons une soupe, si on peut appeler ça une soupe. C’était mangeable à la fourchette. Et hop on repart aussitôt charger les chevaux et les selles dans le van. Nous partons monter chez des amis pour changer de zone et pour Gina l’occasion de monter avec des amis. Comme ça se passe bien avec Commanche, Gina m’a proposé de la garder, mais la présence de plein de chevaux inconnus l’énerve un peu. Un monsieur conduit un traîneau pour promener sa toute jeune épouse et la petite sœur. Les clochettes ne plaisent pas du tout aux autres chevaux. On en voit revenir sans cavalier. Ce qui finit d’énerver Commanche. Gina me fait descendre et me donne Nomade plus tranquille. La selle de Gina est super confortable. Je découvrirai en dessellant qu’elle a une doublure en alphagel, ça vaut la peau de mouton.
Nous sommes sur une plaine, la température est basse et le vent souffle. Je mets mes chaufferettes aux pieds, qui s’avèreront assez peu efficaces, en même temps je n’avais pas trouvé qu’il faisait si froid. Mais j’avais fermé la polaire et rajouté une écharpe. Balade assez peu intéressante. La zone est visiblement agricole, mais sous la neige les champs vides sont un peu tristes. Nous irons néanmoins dans les sous-bois le long d’un ruisseau pendant un moment. La version neige que j’aime : arbres et neige autour de petits sentiers. C’est pour cela que je n’aime pas le ski de piste et préfère de loin le ski de fond. Enfin c’est pas le ski que j’aime, c’est d’être dans la nature. Nous suivons le traîneau donc nous sommes restés sur la route, certes enneigée, au pas. Eux discutaient entre eux, moi je tenais Nomade qui bougeait beaucoup. 4 chevreuils ont traversé la route (j’ai repensé à la blague du français installé au Canada).
De retour à la maison nous avons été invités à prendre le café et des cookies. Gina a donné de l’eau chaude aux chevaux. « On prend bien du thé ou du café, pourquoi ne devraient-ils boire que froid ? » On a mis nos chevaux dans des boxes vides après leur avoir mis leurs couvertures pour le voyage et avec Gina on a balayé l’écurie.
Ce sont tous des fanas de chevaux. Bonne discussion même si j’ai juste écouté. C’était sympa d’être ainsi au cœur de leur quotidien. La petite fille fait du patinage artistique et hier elle a gagné un spectacle. Elle nous apporte toutes ses médailles. Nos petits français ont encore du souci à se faire.
Cookies à la mélasse excellents…
Retour à l’auberge. L’amie de Gina qui était partie avec nous est rentrée chez elle. Nous déchargeons les 3 chevaux. Gina me demande si je veux bien décharger le matériel pendant qu’elle sort les chevaux restés au box ce matin. Faut dire qu’à midi nous avons eu 30 minutes pour poser les chevaux, manger et partir. Je range les selles, les couvertures, lave les mors, vais chercher une botte de foin et reprends le balai. Nous quittons l’écurie à 17h40.
Heu… c’était quoi mon prétexte pour ce séjour ? Je veux des vacances pour moi (d’accord, sans clients), avec un programme tranquille, 4 heures de cheval et ensuite lire, broder, buller, et éventuellement une balade à raquettes. Je suis entrée à l’écurie à 9h40, sortie 17h40 et pas arrêté entre deux sauf pour la soupe de midi et les cookies de 16h00. Bravo, bien joué pour le repos. Mais voilà, je me suis éclatée, Gina a apprécié ma participation active. Moi rester assise à buller c’est pas pour tout de suite.
Je rechange de chambre. Une avec une vraie pièce salle de bain, très jolie avec une jolie peinture de Gina. Bonne douche. Journal et dîner.
Un couple de l’Ontario est arrivé pour la semaine et m’a proposé de me joindre à eux pour le dîner. Discussion moitié français, moitié anglais. Dîner à nouveau extraordinaire mais trop copieux. Les repas dans la cuisine vont me manquer.
A priori Gina a prévu de m’emmener au cours de country line dance lundi et mardi. Ca va être top. Faudra que j’achète une bouteille d’eau. Va me manquer un t-shirt. 9h55, je dois éteindre la véranda tout le monde est parti se coucher.
Gilles a acheté un tracteur il y a 3 ans, avant ça il faisait tout son labour avec des chevaux.
Lundi 21
Si je me cache dans la grange et que Gilles ne me trouve pas, il ne pourra pas m’emmener à l’aéroport. Je pourrais rester du coup ?
Gina me disait cet après-midi que je m’étais acclimatée super vite. Déjà je m’étais préparée psychologiquement à passer une semaine à -20 / -30°. Résultat des courses +3 le premier jour, -4 puis -15 et enfin -20 aujourd’hui. Descente progressive et au-dessus de mes prévisions alarmistes. Ensuite je suis couverte pour parer à -30° facile, j’ai limite chaud à cheval. Mais tant mieux, souffrir du froid gâche tout, là j’ouvre mon col et tout va bien. Si bien que mes petits gants noirs me suffisent amplement. De toutes façons, les gants de ski sont trop inconfortables pour tenir les rênes. Gina monte en moufles, je ne sais pas comment elle fait. J’ai des épaisseurs mais je ne me sens pas trop engoncée non plus. C’est au niveau de la tête où il y a des progrès à faire. Le bonnet en polaire est bien mais il faudrait un truc qui couvre davantage. En fait un bandeau aurait été idéal. Mais bon, ce sont des choses dont je n’ai pas besoin en temps normal. Les tshirts et les gants vont être parfaits pour l’Argentine.
Mes canadiens portent la bombe et Denise seulement sa culotte de cheval avec des mini-chaps et des bottes d’équitation. Elle est contente de ses gants conçus pour des températures jusqu’à -21. Sauf qu’il fait -20° et si le vent se lève, ça va baisser. Elle va se peler. Sans doute pour cela que les journées sont somme toute assez courtes. Aujourd’hui, on n’a pas dû partir avant 11h00 et à 14h30 on était de retour, pause déjeuner comprise.
Petit déjeuner de crêpes légères et noyées dans le sirop avec fruits, sans fraises pour moi, merci. Un couple de canadiens est venu pour deux jours faire de la raquette. C’est le seul endroit qu’ils ont trouvé où l’on peut chausser les raquettes au pied de la maison et partir. Ailleurs, il faut souvent prendre la voiture même si ça n’est pas loin.
Nous partons par la route un moment. J’ai à nouveau Nestley qui n’apprécie pas trop d’être reléguée à la dernière place. Au niveau d’une ferme laitière nous quittons enfin la route pour nous engager dans une allée, idéale pour un beau galop, mais nous n’en ferons qu’un plus tard. Une cabane à sucre est posée au début de l’érablière au bout du champ. Celle-ci n’a pas encore commencé son exploitation, les entailles ne sont pas faites. Et la balade se transforme en jeu du labyrinthe « trouvez la voie praticable ». Obligés de faire demi-tour à tous les sentiers, nous repartons vers la route emprunter une autre piste. J’ai découvert après coup qu’il s’agissait d’une route et non d’une allée. Probablement non essentielle donc non déneigée et empruntée par les ski-doo. Je reconnais l’érablière où se trouve le cabanon du déjeuner.
Nous couvrons les chevaux, leur donnons du foin et des granulés et nous installons pour manger, après avoir enlevé 3 épaisseurs. Le poêle allumé par Gilles qui a apporté le pique-nique chauffe bien. C’est une cabane qu’ils ont retapée, le propriétaire les autorisant à l’utiliser. Ils ont ainsi quelques cabanons à pique-nique pour manger au chaud. J’ai les pieds humides. La transpiration je pense, je n’ai pas l’impression que l’humidité passe dans les bottes. Par contre j’ai un accroc à une botte. Probablement quand Commanche m’a marché sur le pied hier. Faudra que je voie comment j’arrive à coller ça. Salade de haricots rouges, pois chiches, céleri, tomate… et sandwich fromage chaud grâce au poêle, muffin et pomme. Michael est chirurgien thoracique, son épouse infirmière. Ils vivent à Windsor dans le sud de l’Ontario, face à Détroit (de l’autre côté du lac je suppose). Ils ont pas mal voyagé. La dame voulait une selle anglaise car sur les westerns les étriers sont toujours trop longs pour ses petites jambes, mais comme il faut pouvoir se tenir quand les chevaux s’enneigent, Gina lui a donné une selle d’enfant. Elle chausse super court ! D’accord, je sais c’est moi qui chausse super long, mais quand même…
Retour vers 14h30. Je balaye l’écurie et part avec Gina et Marie-Hélène qui est montée avec nous, étudier un sentier pour demain.
Michael a demandé des cours d’attelage et je joue les reporters photo à observer comment ça se passe. Paulie est superbe avec l’harnachement et le traîneau avec ses peaux de dieu sait quoi vraiment joli… et avec des grelots. Obligé, un traîneau à neige sans grelots ça n’est pas envisageable.
Il est 16h15, je pars pour une balade à raquettes. Gipsy et Jackson, les chiens, m’accompagnent. La lumière est superbe, je m’éclate à faire de la photo. Très sympa. Les raquettes sont super confortables. Rien à voir avec l’horrible balade à Val d’Isère. Là ça donne vraiment envie et je retrouve les conditions synonymes pour moi de sports à la neige. Les sapins couverts de neige, des arbres, une jolie lumière et pas un chat, enfin deux chiens en l’occurrence. Jackson a dix mois et suis Gypsy comme un fidèle toutou alors qu’il fait 3 fois sa taille. Il y a plein de traces de lapins et ils partent dans tous les sens cherchant sans doute à les débusquer. Retour vers 17h00. Douche et écriture. Le dîner est prévu à 18h30 car à 19h30 nous avons notre cours de danse country à La Guadeloupe. Heeha !
Terrine de rêne, poulet (maison) grillé, encore un régal, mais j’ai raté le dessert car nous sommes parties avec Gina. Un peu en retard.
Le relais restaurant a commencé les cours en octobre, ce sont donc des débutants. Les cours sont assurés par un couple. Bonne ambiance, ils rient tous bien. La nomenclature des pas est un peu hasardeuse, je ne suis pas sûre que Fred soit certifié NTA. Ils ont repris une grande partie de leurs danses, sorte de révision systématique. J’ai réussi à capter les danses sur place, toutes de petites débutantes sympa. Quelques classiques, God Bless Texas ou Easy Come Easy Go. Evidemment ma façon de danse a surpris. « Tu danses avec les bras ». Ici ils ont forcément les mains dans les poches. Variante sur God bless Texas avec le prof qui a expliqué qu’effectivement sur la feuille c’est noté comme je le danse, mais qu’ici personne ne fait comme ça. Par contre je les ai abandonné sur Chill Factor. Ils ont de l’entrain et s’amusent, un truc que nous avons perdu à notre cours du jeudi. Et puis bien pour moi, ici c’est facile donc je suis presque mal à l’aise. Fin du cours à 21h30 sur Chill Factor version rapide. Ils sont fous… Lu jusqu’à 11h00 car bien sûr pas possible de m’endormir en arrivant, classique.
Mardi 22
Le soleil brille et le ciel est bleu dès le matin. Il a fait très froid dans la nuit et à 8h00 il ne faisait encore que -25, ça montera à -15 dans l’après-midi.
Je me suis servie un café et suis allée discuter avec Gilles dans la cuisine. L’accès y est normalement interdit mais vu que j’ai utilisé leur salle de bain, j’ai le droit non, je suis de la famille maintenant. On discutait avec Gina et Marie-Hélène, du coup Gina m’a proposé de manger avec elles. Je suis vite allé récupérer mes couverts dans la salle à manger. Délicieuse omelette, confiture d’abricots maison et la douce chaleur de la cuisine et conversation amicale. Marie-Hélène est étudiante en biologie, fait sa thèse de doctorat sur la diversité et comment elle est impactée par les changements climatiques. Je pensais qu’elle était employée mais en fait c’est une amie qui a son cheval en pension ici.
Je pars à l’écurie préparer Paulie. Guy est revenu monter avec nous et travailler Montana récemment arrivée et encore effrayée par plein de choses. Départ par la route, qui est de terre et graviers (et non goudronnée) comme je m’en suis aperçue en allant m’y promener à pied plus tard dans l’après-midi. Voilà pourquoi on trotte dessus sans état d’âme. Mais sous le sable et la glace j’avais un peu de mal à identifier le revêtement depuis le haut de mon cheval.
Super balade sur un sentier le long de la rivière (gelée et couverte de neige). Magnifique ciel bleu. J’ai chaud. Paulie n’est pas très facile car très lourd. Difficile à diriger. Fait du galop malgré moi car on avait du mal à se caler au trot au départ. Ensuite ça allait et il est plutôt confortable. Par contre, il sait qu’il est beau et joue un peu les machos. Etre derrière n’est pas de son rang… Fâcheuse tendance à donner des coups de tête, j’ai donc passé les rênes derrière la corne, comme me l’avait conseillé Gina, pour épargner mes bras. A force de se prendre la bouche sur le mors, il a finira par se calmer, jusqu’à la pause déjeuner.
Pique-nique, salade de pâtes au pesto dans une cabane à sucre désaffectée. Fauteuils et poêle, vrai grand confort. Gâteau carottes pécans pruneaux, un régal. Et comme j’ai dit que je n’aimais pas le chocolat chaud ils ont apporté du café avec une pointe de lait (la plupart des gens le boivent ainsi). Gina propose un retour rapide avec des trots par la route ou par les bois mais plus long. Ils optent pour la route. Je ne les comprendrai jamais… Ces américains qui montent à cheval sans galoper et préfèrent une route aux sous-bois…
Retour rapide, puisque c’est l’endroit que nous étions allé vérifier hier en voiture. A 14h30 nous sommes à l’auberge. On s’occupe des chevaux, je passe le balai. Gina et Marie-Hélène doivent aller chercher un cheval et me proposent de les accompagner. La jument en question est dans un centre équestre immense qui organise des spectacles et rodéos. Ils ont des installations superbes toutes en bois, vieille écurie récupérée puis agrandie.
Le « manège » désigne la carrière et le « manège intérieur » notre manège. De retour à 16h30, je pars prendre des photos. Un tout petit peu tard pour la lumière, mais jolie balade. Douche, journal. Dîner à 18h30 car nous repartons danser ; ce soir c’est danses de couple.
Le mardi c’est donc danse de couple. Au programme I Love this Bar. Je fais le garçon, ça permet à Gina d’apprendre sa partie, moi de toutes façons je ne la redanserai pas. Enseignement très lent. 4 temps par 4, avec reprise depuis le début à chaque fois et les profs qui passent voir tout le monde s’assurer qu’ils ont compris, notamment pour les passages un peu complexes. 1h15 pour finir la danse, mais du coup la plupart la tiennent. J’ai fait écouter nos danses à Gina qui est surprise par le concept de « Line ». Country c’est musique country, point. Retour à 21h30, préparation du sac, lecture, dodo.
Mercredi 23
Encore un grand beau soleil dès le matin et un petit -20 avec un maximum de -5 annoncé.
Petit déjeuner céréales au yaourt dans la cuisine. Ils n’ont même pas mis mes couverts dans la salle à manger. Les canadiens ont dû se dire que je leur faisais la gueule…
Check-in pour choisir mon siège. J’ai chargé quelques photos de Gina. N’en ont pas tant que ça de bien dans la neige. J’avais apporté deux aquarelles à l’ancienne de Paris, elles iront très bien avec la déco de la maison, Gina a semblé apprécier.
Je pars sur Commanche avec qui je m’entends très bien. Elle est toujours un peu nerveuse au box, le temps de la calmer et pouvoir finir le pansage tranquillement. Elle ne bougera pas une oreille pendant la balade. Elle a eu un passé difficile, Gina l’a récupérée en mauvais état. On sent qu’elle est sur le qui-vive, mais prête à faire confiance. Elle adore les caresses, répond bien et est super confortable. Les apaloosas sont rares au Québec car très appréciés et donc conservés par leurs propriétaires. Commanche a la crinière et la queue peu fournies propres à sa race mais seulement quelques tâches légères sur les hanches.
Belle rando en sous-bois, trots, galops. Nous sommes allés sur une hauteur pour voir la chaîne des Appalaches. Superbe panorama. Il a fallu que j’efface des photos en catastrophe car la carte était pleine. J’avais calibré la définition fine et donc réduit le nombre de photos possible. Mais je dois être à plus de 600, c’est déjà pas mal. Pause à la cabane à sucre et Commanche a réussi à enlever son filet sans qu’on sache comment. D’un seul coup Gina m’a dit « descends de cheval, Commanche n’a plus de filet ». Je n’avais rien senti et elle n’a pas bougé. Vraiment mimi cette jument.
Retour à 12h45. Le temps de desseller, mettre les couvertures il était 13h00 et Gina me dit « tu pars à 13h30 ». Nouveau défi, ça me plaît. Douche express, finition du sac et quand Gina est venue taper à ma porte me dire que le déjeuner était prêt, elle a été soufflée car j’étais prête, mon sac à la main pour descendre. Hi hi, trop forte. Le shampoing ça sera pour demain. De toutes façons après une nuit dans l’avion…
Croque monsieur (version tartine), avocat, carottes et céleri, pommes, part de gâteau à la canadienne : noyé dans le sirop. J’ai acheté 2 boîtes de sirop d’érable et une de beurre à Gilles. On ne trouve pas le beurre dans le commerce et c’est à prix astronomique à l’aéroport. Lui le fait faire par un voisin producteur. Gina m’offre deux boîtes de sirop, une pour moi, une pour Rémy. Et me voilà avec 2.5 kgs de plus. Mon sac passe de 18 à 22 kgs.
Route tranquille à discuter avec Gilles qui a fait plein de choses dans la vie mais est originaire de la région tout comme Gina. Hawaii, Israel, Périgord, USA… Il a donné des cours de taille de pierre, est professeur d’attelage, a appris la cuisine. Ils sont vraiment adorables tous les deux. Ils attendent impatiemment le printemps pour partir au soleil.
Arrivée à 15h50 à l’aéroport. Je récupère mon boarding pass à la machine, vais au drop off pour mon sac. L’hôtesse m’enregistre sur le vol précédent en stand by. J’achète des chocolats à l’érable pour les filles et valide que Gilles avait raison au sujet des prix du sirop.
Et voilà, c’est terminé. Je savais que ça passerait vite, beaucoup trop vite et si l’Argentine ne se fait pas, ça va être long jusqu’au mois d’août…
Je reviendrais bien pour l’été indien, à partir du 22 septembre. Le rodéo à St Victor doit être sympa aussi, plus intime que St Tite, et à côté d’ici. Gina m’enverra un mail pour me dire de venir et de pouvoir « faire les folles à danser tous les soirs ».
Arrivée à Paris, il fait -4°, mais c’est le printemps !
17:10 Publié dans Amérique du Nord | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : randonnée, équitation, canada
04.03.2012
Convoyage dans les Moodies - Retour aux sources
30 octobre - 12 novembre 2011
1999, je partais pour mon premier voyage équestre dans l'ouest américain. La découverte de paysages somptueux, des cowboys, de l'espace infini allait marquer un véritable tournant dans ma vie.
2011. J'ai eu la chance de multiplier les voyages aux quatre coins du monde et ai découvert bien d'autres cultures équestres mais l'appel de l'ouest est toujours présent. 12 ans après, la réalité sera-t-elle à la hauteur du rêve ou la mémoire a-t-elle habillé d'un halo idéalisé des décors juste beaux ?
30 octobre, j'ai à nouveau chargé mes chaps et mon chapeau, direction Las Vegas, la ville de tous les excès. Après une journée de vol, je pose le pied à McCarran airport. Les machines à sous continuent à clignoter et les panneaux de publicité géants ont peu changé. Blue Man Group est toujours à l'affiche, même si ce ne sont plus les mêmes chanteurs. Dehors les néons illuminent toujours cette ville du désert où la nuit et le jour n'existent pas. Les montres n'ont pas leur place, les casinos tamisent leurs lumières, à l'intérieur des immenses hôtels casino le temps n'a pas le droit à la parole.
Direction l'Orleans Hotel & Resort. Comme son nom l'indique la thématique est la Louisiane. Les allées se parent des noms de la Nouvelle Orléans et un petit goût de vieille France à l'américaine donne l'impression d'être chez soi malgré l'immensité des couloirs et les milliers de chambres.
31 octobre, Happy Halloween ! Mais comment savoir qui est déguisé dans une ville où les adultes redeviennent des enfants ? La réalité n'a pas de prise ici, si ce ne sont les milliards de dollars dépensés sur les tables des casinos.
Le groupe est au complet, décalage horaire oblige il faut aller réveiller les retardataires dans leurs chambres. Nous partons de bonne heure. Une longue journée de route nous attend jusqu'à Monument Valley.
Premier arrêt à Mesquite pour un brunch copieux. Encore une ville du jeu, qui dit restaurant dit casino, l'un ne va pas sans l'autre. La première fois que j'avais croisé la ville, un détail m'avait marqué : Mesquite n'existait que d'un côté de la route. Golfs, jardins, fontaines, casinos sur la droite, mais sur la gauche le désert à perte de vue. Aujourd'hui le désert a disparu, délogé par de nouveaux casinos, resorts, golfs... Une ville champignon qui ne cesse de s'agrandir, accueillant joueurs invétérés et retraités à la recherche d'un air plus sain.
Nous poursuivons notre route. St George, la capitale des Mormons avec son immense temple blanc. Nous nous y arrêterons le temps de quelques courses. Hurricane, Colorado City au cœur des Vermillion mountains qui portent si bien leur nom, Fredonia... croisant de nombreuses fois la bordure d'état entre l'Utah et l'Arizona. Les plaines à perte de vue, les montagnes, les immenses maisons des mormons qui confirment que la polygamie bien qu'officiellement interdite est toujours présente. Kanab et les Vermillion Cliffs avant l'arrivée à Page et le lac Powell.
Le grès rouge est omniprésent, le ciel bleu, le soleil implacable. Rien n'a changé ni depuis 1999 ni depuis la nuit des temps.
Lac Powell a lui changé, le niveau d'eau a baissé de façon dramatique. J'apprends que l'un des sites où nous nous étions rendus en bateau pour le plaisir de rouler dans une dune est maintenant à un kilomètre à l'intérieur des terres. Le lac de barrage sur le Colorado alimente la centrale hydroélectrique de Page, la ville comptant le plus grand nombre d'églises au monde, toutes les confessions sont présentes.
Au bord de la route, une nouvelle preuve de la bêtise humaine, de ce besoin inné de vouloir « faire mieux que les autres » quel qu'en soit le coût. Les « blancs » ayant installé leur centrale hydroélectrique, les navajos ont souhaité montrer qu'eux aussi pouvaient créer leur propre électrique : ils ont installé une centrale thermique. Le charbon est exploité à Black Mesa, à plus de 80 kilomètres. Afin d'apporter le charbon, ils ont installé une voie ferrée pour que le train charge le minerai, et de la centrale des lignes à haute tension pour remporter l'électricité vers la capitale Kayenta située... à côté de la mine. Allez comprendre...
Nous entrons en territoire indien. Navajo Mountain, l'une des quatre montagnes sacrées des indiens impose sa silhouette dans un immense plateau. Une particularité géologique habille le désert de sculptures naturelles. Alors que chez nous les volcans nous laissent admirer leurs flancs arrondis et leurs cratères, ici ce sont les cheminées qui se sont pétrifiées tandis que le reste du volcan a été érodé. Il en reste d'immenses buttes et aiguilles, rouges encore, aux formes surprenantes parfois.
Nous voici enfin à Monument Valley. Le soleil se couche sur la vue la plus célèbre du parc, celle que le monde entier connaît, celle que le cinéma ne se fatigue pas de remettre en scène. Les Mitaines et Merrick's Butte sont toujours là, inchangées depuis ma dernière visite. Ma mémoire n'a rien idéalisé, c'est toujours aussi spectaculaire, aussi magique...
Le parc est fermé aux visiteurs à cette heure-ci. Nous soulevons la barrière et rentrons néanmoins. Notre camp nous attend chez les navajos, nous dormirons à l'intérieur même du parc, seuls touristes sur les lieux.
Nos hôtes nous accueillent. Il fait nuit, l'air est frais mais le dîner est bientôt prêt. Autour de nous les étoiles se lèvent sur le parc, les « 3 Sœurs » sont à nos côtés, elles veilleront sur nous pendant les trois prochains jours.
Le hogan est l'habitation traditionnelle des navajos, sédentaires (les tipis plus connus des européens étaient les habitations des indiens nomades des plaines). De forme octogonale, faite de bois et de terre, le hogan accueille la famille. Au centre un poêle fournit chaleur et foyer. J'y installe mon duvet, d'autres préféreront dormir sous la tente.
Séjourner dans un site aussi magique, dans des conditions uniques (il est interdit de camper dans le parc) a son prix : peu de confort. Une cabane « au fond du jardin » offre un minimum d'intimité, pour la toilette il faudra se contenter de lingettes et d'un peu d'eau. Mais quelle importance quand on se réveille au petit matin dans un paysage si grandiose. Le soleil se lève et les ombres courent sur les parois, découvrant à tous instants de nouvelles perspectives, de nouveaux motifs... épuisant les batteries de nos appareils photo.
Aux US le petit déjeuner est un vrai repas, installés sur des bancs et chaises nous dégusterons allègrement œufs brouillés, bacon, pommes de terre et des litres de café. Au risque de passer pour excentrique (mais j'ai été affublée de pires surnoms), j'adore le café américain, léger avec une goûte de lait en poudre, je pourrais en boire des litres. Je m'abstiendrai, il y aura peu d'arbres pendant la balade à cheval...
Les navajos assurent la gestion du parc de Monument Valley. Ils organisent les circuits en 4x4, tiennent les boutiques, accompagnent les balades à cheval. Nous utiliserons ces mêmes chevaux destinés aux touristes pour partir sur des sentiers qui ne leur sont pas ouverts. Une piste d'une vingtaine de kilomètres permet aux visiteurs de parcourir le parc en voiture et de s'arrêter auprès des roches les plus connues. Le reste du parc est hors limites, inaccessible... sauf à nous.
Nous prenons nos chevaux au corral. Ils sont en forme, bien nourris, les selles en bon état général. Ils vont sans doute être surpris d'être montés par des cavaliers qui savent les diriger et nom le quidam du dimanche qui reste accroché à son pommeau pendant toute la balade.
Nous voilà partis sur le parcours « classique », nous n'allons tout de même pas rater les plus belles roches. East Mitten, West Mitten, Merrick Butte, Elephant Butte, Camel Butte, The Thumb (aussi dit la botte), Snoopy... pas besoin de beaucoup d'imagination pour retrouver le nom donné à chaque formation géologique, et en laissant divaguer un peu son imagination chaque ombre, chaque surface, chaque éperon trouve un nom qui parle à chacun.
Nous voici au pied de Totem Pole, au milieu du plateau, entouré de sable, il s'impose solitaire, s'élevant fièrement sur son socle de pierre. Nous mettrons pied à terre un peu plus loin pour escalader une pente et admirer la plaine à perte de vue sous nos pieds. Au loin, the Rooster (le coq) semble prêt à entamer son chant. Tout autour le désert ocre parsemé de quelques buissons vert pâle. Et en tendant l'oreille on entend encore le crissement des roues, le claquement des fouets, les cris d'encouragement des pionniers de la Chevauchée Fantastique (Stagecoach). John Wayne ton esprit vole-t-il encore dans ce ciel immense ?
Nous pique-niquerons sous le « Grand Hogan », immense chapelle de pierre où la pluie et le vent ont gravé des dessins : un cheval, un lapin, un indien... Pourquoi ce besoin de coller des étiquettes à tout ce que nous voyons ? Pourquoi une simple tache ne peut-elle rester une simple marque dans la pierre sans devoir prendre un sens ?
Nous repartons plus profondément dans le parc. Ici plus de route, nous slalomons entre roches et canyons, auprès de quelques arbres égarés qui ont su trouver l'humidité nécessaire à leur survie.
Nous rentrerons au corral les yeux pleins d'images et du sable collé au visage. On dîne de bonne heure. A 18h00, le repas typique à base de haricot, pain indien, riz, viande nous réchauffera tandis que la température baisse rapidement. Ayant mis la main sur quelques bouts de bois (pas une mince affaire par ici) je fais griller quelques marshmallows et réussis à faire quelques adeptes. Le vent s'est levé, la température se rafraîchit encore. Il fait nuit. Deux jours de voyage, une journée en selle, 8 heures de décalage horaire, à 20h00 tout le monde est sous son duvet profitant d'un sommeil bien mérité.
Le vent a soufflé toute la nuit et rafraîchi sérieusement les températures. Nos hôtes nous invitent chez eux pour prendre le petit déjeuner au chaud. La maison est un hogan « moderne » ; la forme traditionnelle est conservée mais les matériaux utilisés sont industriels et la taille de la pièce peut ainsi être plus importante. Le poêle au milieu de la pièce nous réchauffe agréablement.
Nous repartons pour une nouvelle journée en selle et la visite de la vallée encaissée où nous nous trouvons. Des murs infranchissables entourent une immense plaine, les falaises inégales créent des poches où nous aventurons. Nous trouverons ainsi un ancien puits dans une alcôve où poussent quelques arbres. Plus loin nous visitons des restes de civilisation anazi. Il faut se livrer à un peu d'escalade mais nous découvrons ainsi des peintures rupestres et une cache à grains. De là haut la vue sur la vallée que nous chevauchons depuis le matin est à couper le souffle. Notre camp est à peine visible au loin, identifiable uniquement par la proximité des Trois Sœurs. Sous la corniche, à l'abri du vent, il fait bon, le soleil s'est levé. Surprenantes ces différences de températures entre le soir et le jour. Nous poursuivons notre tour de la vallée. Des parois sont couvertes de peintures rupestres, animaux, mains, spirales... Premiers arts primitifs ou symboles religieux ? La culture Anasazi n'a pas laissé de traces écrites et a disparu en laissant un grand mystère derrière elle.
La plaine nous offre de belles occasions de galops sur un terrain souple et on n'en finit pas de prendre des photos. On souhaiterait avoir davantage d'yeux pour tout absorber.
Au hasard d'un corral nous coursons quelques vaches, puis repoussons quelques chevaux en liberté qui viennent vers nous. Les indiens viendront les chercher quand ils en auront besoin. Avec la fin de la haute saison, les chevaux sont relâchés, trouvant nourriture, eau et abri dans le parc, retrouvant la liberté qu'ils ont connue avant que les indiens ne deviennent les extraordinaires cavaliers qu'ils furent.
S'il a fait beau dans la journée, la température a rapidement baissé encore une fois. Nous nous réfugions dans le hogan et allumons le poêle. Nous y dînerons à l'abri des éléments dans une joyeuse convivialité.
Il est temps de quitter les plaines chères à John Ford. Nous remballons nos affaires et balayons le hogan, achetons quelques bijoux indiens au stand et faisons nos adieux à nos nouveaux amis.
Nous sommes sur la route à nouveau. Désert et roches ocre, ciel bleu et toujours cette immensité infinie. Direction Arches et ses arches de pierre délicates. En novembre peu de touristes s'aventurent encore dans ces lieux. Nous aurons les sentiers de randonnée presque pour nous seuls. Un premier canyon nous permet d'étudier la formation des couches sédimentaires et l'action de l'eau, du vent qui conduisent au fil du temps à ces ponts naturels à l'allure si fragile. Balanced Rock où un rocher de la taille de trois bus tient en équilibre sur un socle trois fois plus petit, Double Arch et ses deux arches perpendiculaires adjacentes. Les Sal Mountains à l'horizon sont grises et contrastent étrangement avec le grès rouge omniprésent. Un peu de neige sur les sommets ajoute une pointe de couleur différente. Les jaunes, ocres, rouges, verts se mêlent dans un kaléidoscope indescriptible... et toujours ces arches si délicates.
Nous nous installons à l'hôtel pour la nuit. Le retour aux commodités de la civilisation est bien agréable après trois jours. Cela fait du bien d'en manquer de temps à autre pour apprécier toute la chance et le confort que nous avons.
Après une balade en ville pour un peu de shopping, nous quittons Moab, bien vide en cette saison. De nombreuses boutiques sont fermées, les hôtels affichent de la disponibilité et les équipements de rafting sont en train d'être rangés. Après les millions de visiteurs de l'été, la ville redevient un village perdu au milieu des montagnes...
Sur le chemin du ranch, nous voici à Capitol Reef, un autre parc naturel. Ses montagnes infranchissables en ont longtemps fait une véritable barrière avant que l'on ne découvre un sentier devenu route. Les mormons s'y sont installés, toujours à la recherche d'une terre d'où on ne les chasserait pas une nouvelle fois. L'eau et les températures douces ont permis des cultures et encore aujourd'hui les nombreux vergers fournissent des fruits en abondance en saison. A Fruitia l'école du village est encore là. L'éducation était jugée primordiale par les mormons qui éduquaient filles et garçons. Avant eux les Fremont habitaient les lieux. Tous comme les anasazi et tant d'autres cultures, ils ont laissé leurs pictogrammes sur les parois, nous dévoilant des animaux disparus depuis et des mystères insondables. Après trois jours dans le désert, la présence de tant d'arbres autour de nous est un véritable plaisir. Les feuilles jaunes de l'automne se mêlent au rouge des parois et à un ciel d'un bleu pur sans le moindre nuage. Ici l'eau a travaillé la roche encaissant la rivière dans un nombre de virages sans fin.
Plus loin nous traversons la forêt. L'air est plus humide, avec un parfum de neige à venir. D'un point de vue nous observons les terres que nous allons parcourir à cheval dans les jours qui viennent, un labyrinthe de passages à travers la roche.
Mais direction le ranch, les cowboys nous attendent pour déplacer leur troupeau.
Le ranch n'a pas changé, les rondins sont toujours en place sur la base de pierres et si les propriétaires que j'avais connu en 99 ont quitté les lieux, le site est toujours aussi agréable. Nous nous installons dans les pièces, certains partent à la douche, je m'installe sur le porche à admirer les lieux. Peu de choses ont changé. Les chevaux ne sont plus en pâture devant la maison, mais les montagnes, la rivière, l'horizon sont les mêmes. Et je me souviens de la pluie de météorites que nous avions observé tandis qu'en France on attendait la fin du monde sensée accompagner l'éclipse de soleil du mois d'août. Nostalgie quand tu nous tiens...
Nous dînons chez des amis de « notre » cowboy. Ils nous accueillent en toute simplicité dans une grande pièce où la cheminée offre sa chaleur si chaleureuse. Le dîner est succulent, avec pain et dessert maison.
La météo a annoncé de la pluie, mais les nuages se contenteront de nous menacer. Au petit matin après un petit déjeuner copieux, nous partons pour le corral prendre nos chevaux. Comme tout départ, cela prend du temps. Breck s'assure qu'il trouve la monture adaptée à chacun puis que chacun se sens suffisamment à l'aise sur sa selle. Je monterai Kristy, la jument de sa fille âgée de 7 ans. Une superbe jument, obéissante, calme, sur laquelle je prendrai un plaisir immense toute la semaine en me sentant extraordinairement en sécurité. Une fois les chevaux prêts nous les chargeons dans le van. Ils sont habitués à être transportés et montent seuls dans le van, se dirigent vers le fond et ne bougent plus. Quand je pense aux soucis que nous connaissons à chaque fois qu'il nous faut charger un cheval chez nous...
Nous montons dans les pick-ups, direction le corral municipal où sont parquées les vaches. Le travail commence. Chacun se voit confier une tâche : couper la route à tel endroit, surveiller telle allée, bloquer un sentier, pousser les vaches. Dans un mélange de mugissements, d'aboiements et de cris humains, nous voilà partis. Nous poussons les bêtes, admirant les couleurs exceptionnelles autour de nous. Le blanc est beaucoup plus présent sur les roches ici, toujours mélangé à l'ocre. Les arbres ont encore quelques feuilles jaunes à leurs branches, à la sortie du village les pâturages sont vert tendre. Et l'on aimerait pouvoir mettre sur une toile ce mélange de tons.
Dans l’ensemble les vaches avancent bien, restant sur leur piste, mais certaines bêtes sont toujours plus récalcitrantes, s’enfonçant dans les fourrés, essayant de franchir une clôture. Il faut garder l’œil et constamment s’assurer qu’un moment de distraction ne nous a pas positionné en travers du troupeau. Les virages se succèdent révélant de nouvelles perspectives à chaque détour. Comme il faut toujours quelqu’un pour surveiller le troupeau, nous ferons des poses en cadence pour déjeuner, par petits groupes, les affinités se créent. Vicky nous a concocté des sandwichs à se damner et des cookies dont nous lui demanderons la recette à la fin de la semaine.
Les heures passent, les vaches avancent, le ciel reste menaçant promesse de pluie à venir. Nous abordons le dernier virage après 11 miles de déplacement. Un immense canyon s’ouvre à nos pieds tandis que nous descendons une dernière pente. Nous faisons avancer les vaches dans le canyon, les canalisant afin de faciliter le départ demain. Elles y trouveront le nécessaire pour s’alimenter et se reposeront. Certaines repartiront sans doute seules dans la nuit, d’autres bien sûr s’égareront dans les sous-bois ou feront demi-tour, mais on verra demain. Nous mettons pied à terre. Les plus malins ont gardé leur cookie pour le goûter et se régalent en attendant que les pick-ups viennent nous récupérer. Nous en profitons pour parler de cette première journée. Rien à voir avec une randonnée normale…
Comme il fallait s’y attendre, les vaches ne sont pas restées à nous attendre gentiment. Certaines ont effectivement avancé mais de nombreuses ont fait demi-tour. Nous passerons un bon moment à les débusquer des sous-bois, ruisseaux et petits canyons où elles se sont éparpillées. Nous essayons d’aider au mieux afin de les canaliser et les remettre sur le bon chemin. Pas une mince affaire. Nous admirons les cowboys travailler, toute une vie à cheval ça ne s’improvise pas.
Long Canyon, comme son nom l’indique, est long, très long. Il offre l’avantage de maintenir le troupeau dans la bonne direction sans risque d’éparpillement. Cela nous permet à nous de nous disperser, allant explorer les bas-côtés, les corniches et les poches dans la roche, aller galoper dans le lit asséché du ruisseau.
Gérald, un ami, s’est joint à nous. Nous le surnommerons le cowboy aux dents blanches. Il a un sourire extraordinaire et des dents d’une blancheur Ultrabrite. Comme beaucoup, le bétail est sa passion mais pour vivre il est ingénieur. Alors le week-end et quand il peut prendre des jours de congé, il s’occupe des vaches. De fait, ce sont ses vaches que nous sommes en train de déplacer. Les cowboys sont particulièrement attachés à leurs traditions, le convoyage en fait partie, car après tout il serait sans doute plus facile de simplement charger les bêtes dans des camions, du moins pour une partie du voyage. Mais l’élevage n’est pas toujours rentable financièrement, alors comme Gérald, de nombreux cowboys travaillent à la ville en semaine et retrouvent leur ranch pour le week-end.
C’est bizarre, ce canyon m’avait paru beaucoup plus long la première fois… Bientôt nous arrivons en haut d’une côte, le spectacle est époustouflant. Je me souviens encore du choc la première fois, il est tout aussi puissant 12 ans après. C’est tout simplement incroyable. Au fond la vallée entrecoupée de roches, d’arbres, de buissons et à l’horizon les montagnes qui encadrent le site. Les couleurs explosent, l’espace est infini et l’on ressent une impression de création du monde, comme si l’on assistait enfin à ce qu’était notre planète quand les dinosaures la parcouraient encore. Un sentiment que la nature vous rentre littéralement dans la peau, que vous êtes absorbé par le lieu. Non, le temps n’a pas idéalisé les souvenirs, c’est la simple réalité, c’est tout simplement éblouissant.
Nous poursuivons le chemin, prenant le temps de regarder aussi derrière nous car les paysages ne sont pas juste époustouflants devant mais aussi à l’arrière. Arrivés sur une plaine, nous conduisons les vaches vers un point d’eau où elles s’abreuvent longuement ainsi que nos chevaux. Un corral nous permettra de les y enfermer pour la nuit, facilitant le départ du lendemain. L’un des vans nous rattrape avec du foin pour les vaches. Abreuvées, nourries, reposées, elles seront en pleine forme pour avancer vite le lendemain. Nous laissons les chevaux dans un deuxième corral, les selles à l’abri dans le van. La température a encore baissé, nous allumons un feu en attendant le départ.
Au ranch, c’est la fête. On nous a préparé le repas traditionnel de Thanksgiving (dans quelques jours), dinde, purée, sauce aux canneberges, tarte au potiron, tout y est. Un vrai régal. Et tandis que nous prenons le chemin de nos chambres, les premiers flocons de neige font leur apparition.
Au petit matin, tout est recouvert d’un épais manteau blanc. C’est somptueux. Pour moi, citadine, la neige est toujours synonyme de trottoirs glissants, d’amas de neige noire et polluée. Chaque fois que je me retrouve dans la neige à la campagne j’ai l’impression d’avoir cinq et je dois me retenir de ne pas courir m’y rouler. La neige effraiera quelques cavaliers qui préféreront rester au ranch, profiter de la cheminée et éviter le risque que la neige ne soit de la pluie plus bas dans le canyon. En fait, la température est plus élevée que la veille et une douce neige tombera tout au long de la journée. Les bruits s’estompent dans la neige et l’on hésite presque à parler de peur de rompre le charme. Les vaches avancent vite. Les galops avec la neige frappant le visage se font amusants. Personne n’a vraiment envie de descendre de cheval, nous pique-niquerons en selle. Sandwich d’une main, rênes de l’autre, j’adore ! Nous arriverons de bonne heure au corral qui abritera les vaches pour la nuit. A nouveau, nous leur donnons du foin et repartons au triple galop en direction des vans. Course poursuite dans la neige épaisse, les flocons de plus en plus épais nous fouettant le visage, grisant. Nous ramenons les chevaux au corral de la veille et en attendant de repartir buvons une bière autour du feu que nous avons pu faire repartir malgré l’humidité. Une journée en selle, une belle journée de travail, un bon feu, une bière fraîche, et si le bonheur finalement existait vraiment ?
Le lendemain, le soleil a refait son apparition. L’épisode neigeux d’hier n’était qu’une passade ; après tout, nous sommes dans une zone désertique, la pluie n’est jamais bien méchante. Nous repartons pour une longue journée. Nous n’avons pas de veaux qui souvent ralentissent le rythme, les vaches sont nourries le soir, tous les ingrédients sont réunis pour que les animaux soient en bonne forme et avancent vite. Le terrain offre de belles opportunités pour s’éloigner du troupeau et admirer les environs. Chacun en profitera à son tour, zigzaguer entre les genévriers, explorer le fond d’un ruisseau asséché, grimper sur une hauteur. Au bout d’un dernier virage, le paysage change soudainement, nous voici à l’approche des moodies, des falaises de grès dans tous les sens créent un labyrinthe infini de canyons.
Amusés par l’idée de pique-niquer en selle, nous recommencerons aujourd’hui sans aucune raison, juste pour le plaisir de rester à cheval un peu plus encore. Nous continuons à pousser les vaches jusqu’à un wash, rivière asséchée, derrière une clôture. Un corral nous permet d’y laisser nos chevaux. Nous sommes au pied d’une mine de cuivre. La chute en bois est toujours là, mais l’entrée de la mine a désormais été fermée pour éviter les accidents. Demain nous reviendrons rassembler à nouveau les vaches pour les pousser plus loin, vers l’eau qui fait cruellement défaut.
Dernière journée et comme le travail va être plus simple, les épouses sont venues avec les enfants. Tous en selle. Breck monte avec son gamin de 15 mois dans un kangourou au dos, sa fille reprend sa jument, les épouses nous accompagnent. Nous passerons de longs moments à chercher les vaches qui se sont dispersée dans ce labyrinthe de roche. Avec Remy nous montons dans les hauteurs vérifier qu’aucune bête n’a escaladé et est passée de l’autre côté, l’occasion de tester le pied plus que sûr de nos montures. Le soleil est resplendissant, la neige ici a totalement fondu, nous sommes en hauteur regardant le bétail et les autres cavaliers le long du wash, les rattrapant quand il n’est pas possible de passer ailleurs. Une incroyable journée en selle, de l’avis de tous probablement la plus belle… comme souvent quand c’est la dernière. Nous poussons les vaches dans un dernier passage et faisons demi-tour. L’aventure est terminée. Et pour clôturer un séjour de rêve, Vicky et un ami chanteront pour nous après le dîner.
Non, les souvenirs n’ont pas embelli la réalité. Le site est toujours aussi magique, les décors à couper le souffle, l’espace infini, les gens admirables et accueillants. 12 ans après, ma vie a changé, je sais pourquoi…
Monument Valley et le cinéma
En 1939, John Ford tourne en extérieur « Stagecoach » (« La Chevauchée Fantastique ») avec un tout jeune John Wayne. Il fera connaître les lieux et rendra la vallée célèbre. Il y retournera pour de nombreux westerns, dont « La Prisonnière du Désert ». Réalisateur génial, mais quelque peu fainéant, il plantait ses caméras et son équipe sur un site appelé maintenant « John Ford’s point » d’où il tournait tous ses plans, sans se déplacer. Regardez vos westerns de plus près, vous verrez… John Ford dira « j'ai été partout dans le monde mais je considère cet endroit comme le plus beau, le plus complet et le plus calme de la planète».
Il ouvrit la voie à de nombreux autres réalisateurs, et on ne compte pas les films tournés sur place. Quelques exemples : 2001, Odyssée de l’espace (planète extra-terrestre), La Sanction met en avant Totem Pole avec un Clint Eastwood escaladant le pic (depuis interdit à l’escalade), Retour vers le Futur III (où Marty prend son élan), Forrest Gump (la route où il décide d’arrêter sa course), Thelma & Louise (avec un certain Brad Pitt qui fera parler de lui), Mission Impossible II (scène d’ouverture), Indiana Jones et la dernière croisade, et nos jeunes cavaliers se souviennent de Cars. Quant aux publicités Marlboro…
Arches
Ce parc couvre une superficie de 310 km² de l'est de l'Utah, à une altitude variant entre 1245 mètres et 1723 mètres. Il est connu pour sa formidable concentration d’arches rocheuses naturelles, mais aussi par des falaises et buttes travaillées par l'érosion. Grâce à l'action de l'eau et des fortes amplitudes thermiques sur le ciment des grès rouges, l'érosion à dégradé certaines couches plus friables, laissant des couches supérieures plus résistantes intactes. Il existe plus de 2000 arches dans l parc. Au fur et à mesure que l'ouverture s'agrandit, l'arche devient de plus en plus fine et fragile ; elle finira par s'effondrer, ne laissant que sa base.
Côté cinéma, la première scène du film Indiana Jones et la dernière croisade a été tournée dans ce parc, notamment au niveau de la Double Arch.
Capitol Reef
Ce parc d'une superficie proche de 1000 km2 est lui célèbre pour ses formations géologiques composées de roches colorées âgées de dizaines de millions d'années. Le parc est constitué de zones élevées et semi-arides, entre 1209 et 2516 mètres d’altitude. Le nom Capitol Reef provient de la forme monumentale (dont le Capitole de Washington) de certaines roches issues d'un ancien récif corallien présent à cet endroit il y a plusieurs millions d'années, lorsque la zone était recouverte par une mer.
Les vergers, plantés par les mormons, comprennent environ 2600 arbres et sont toujours entretenus par le personnel du parc. Ils abritent de nombreux arbres fruitiers dont pommiers, cerisiers, pruniers, poiriers, pêchers, abricotiers et noyers. Ces fruits peuvent être cueillis par les visiteurs qui doivent payer leur récolte en sortant des vergers.
Navajos
La langue des navajos est si complexe qu’elle fut utilisée pendant la deuxième guerre mondiale afin d’envoyer des messages codés. Les japonais étaient incapables de casser ce code. Côté cinéma le film « Windtalkers : les messagers du vent » retrace cette épopée.
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09.12.2011
Etats-Unis - Convoyage de bétail en Utah
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Etats-Unis - Utah, l'ouest à cheval
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Etats-Unis - Nouvel An au Texas
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Etats-Unis - Les buckaros du Nevada
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Argentine - La Patagonie à cheval
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Argentine - Convoyage des Andes
15:05 Publié dans Article paru dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : argentine, convage, randonnée à cheval
Mexique - Les papillons Monarque
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Mexique - A cheval avec les charros
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Mexique - Randonnée à cheval des haciendas
12:54 Publié dans Article paru dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mexique, charros, chevaux
Costa Rica - A cheval avec les sabaneros
12:52 Publié dans Article paru dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : costa rica, cheval, sabanero, plage






