09.12.2011

0- Les Amériques à cheval : Introduction et synthèse

Tout a commencé par un voyage extraordinaire en août 1999…

Ce blog reprend les différents voyages effectués depuis, avec toujours les mêmes objectifs : du cheval, des décors extraordinaires, des rencontres avec ces hommes -devenus mythes- qui travaillent encore à cheval (cowboys, gauchos, bientôt charros et gardians), le contact avec le bétail et le maximum de liberté.

Ma première rencontre avec le travail à cheval, celui des cow-boys de l'Utah, a fait naître une véritable passion pour cette autre façon d'être à cheval : pour un travail spécifique et non plus simplement comme moyen de locomotion pour voir de beaux paysages.

Si les grands espaces, la liberté, les chevaux, le continent américain vous font rêver, alors suivez les aventures de "Calamity Suz"...

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Pour faciliter le suivi de ces voyages, suivez l'ordre indiqué pour les premiers voyages, ensuite laissez-vous porter selon votre humeur

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Ces carnets ont donné lieu à des articles publiés dans la presse équestre. Vous les retrouverez sous format pdf dans la rubrique "articles parus dans la presse" 

 

Etats-Unis - Convoyage de bétail en Utah

Utah convoyage 2005.pdf

Etats-Unis - Utah, l'ouest à cheval

Utah 1999.pdf

Etats-Unis - Nouvel An au Texas

Equiwest mars 2006.pdf

Etats-Unis - Les buckaros du Nevada

Buckaroos Randonner.pdf

Argentine - La Patagonie à cheval

PATAGONIE.pdf

Argentine - Convoyage des Andes

equiwest dec 2006.pdf

Mexique - Les papillons Monarque

randonner a cheval RAC33 etranger.pdf

Mexique - A cheval avec les charros

NeWestern juin 2008.pdf

Mexique - Randonnée à cheval des haciendas

NeWestern juin 2008.pdf

Costa Rica - A cheval avec les sabaneros

Costa rica.pdf

A la découverte des sabaneros du Costa Rica

A la découverte des sabaneros du Costa Rica

 

 

Le Guanacaste est une terre d'hommes de travail à cheval. Qu'on le nomme Vaquero ou Sabanero, le cowboy du Guanacaste est présent au Costa Rica depuis bien avant l'arrivée des touristes sur les plages de surf du Pacifique.

 

Depuis l'époque coloniale, monté sur son cheval, ses nombreux lassos au côté, le sabanero a créé son histoire autour de ses tâches quotidiennes : rassembler et soigner le bétail, le déplacer vers d'autres terres ou vers les étables ainsi que lors des festivités plus colorées qui ont mis en avant ce travail : les topes, les montaderas (monte de taureaux) et les carreras (courses). Aujourd'hui encore on croise au quotidien des sabaneros encadrant un troupeau de vaches brama ou de zébus le long des pistes de la péninsule de Nicoya, flanqués de leurs chiens, au cœur d'une jungle luxuriante.

 

Allier dans un même voyage la découverte d'une culture équestre à une nature superbement préservée est gage de vacances inoubliables.

 

Nous sommes accueillis à la Finca, par Kay, la propriétaire. Une américaine installée depuis 20 ans au Costa Rica et épouse d'un costa-ricain, Esteban, dont la famille est dans l'élevage depuis des générations. Kay nous fait visiter les lieux et nous nous installons dans une casita entourée de fleurs tropicales et à la terrasse ombragée.

 

Avant que nous ne montions en selle, Esteban nous fait une démonstration de monte locale. Ici ils ont des paso-costaricains. Ce sont des criollos croisés avec des pasos péruviens. Ils sont donc moins paso fino mais conservent cette démarche dansante avec les antérieurs qui se lèvent très haut et assurent la propulsion. Le paso costa-ricain a été reconnu comme race il y a 50 ans et les premiers pasos finos péruviens ont été amenés il y a 200 ans. Maintenant Kay et Esteban élèvent des chevaux alliant le paso au paint pour avoir des chevaux à la fois jolis, avec des robes tachetées, et l'allure confortable du paso.

 

J'hérite de Sky, une jument paint superbe, avec l'œil gauche bleu, que je pars faire tourner dans la carrière pour retrouver mes marques. J'ai une selle d'endurance très confortable, les costa-ricains ont adopté les selles McLellan s'adaptant particulièrement bien à la morphologie de leurs chevaux, et on nous fournit un tabouret pour monter plus facilement et ménager le dos du cheval (si c'est pas des vacances ça !).

 

Et c'est parti pour notre première balade par de larges allées de terre séparant des terrains et propriétés. C'est vert et humide. A la saison sèche les feuilles tombent, puis les arbres fleurissent en une explosion de couleur. Nous traversons des villages où les gens sont sous les porches, dans les hamacs et fauteuils à bascule, des gamins courent. On voit plein de petits chiens, chats, poules. Les fleurs abondent dans les jardins. Les oiseaux de paradis semblent être la mauvaise herbe locale la plus répandue, faisant souvent office de clôture dans les jardins.

 

Nous nous arrêtons dîner à Portegolpe, petit village perdu. Je poursuis mon étude du plat traditionnel, le casado, à base de riz, haricots rouges, bananes plantains, salade et viande. Les moustiques attaquent. La télé diffuse la compétition qui a lieu à Liberia avec les épreuves des chevaux paso, rodéo… Le 25 juillet, jour de la fête du Guanacaste, il y a un immense tope à Liberia avec plus de 500 chevaux et toutes les épreuves en démonstration. La culture sabanero est très présente dans la région et les villages vibrent au rythme des chevaux.

 

Nous rentrerons dans la nuit noire, le soleil se couche à 18h30, faisant une confiance absolue à nos chevaux et l'oreille aux aguets surpris par les cris inhabituels de la nuit.

 

Le lendemain nous partons vers Tempate, l'une des plus vieilles villes du Guanacaste, empruntant la vieille piste espagnole, menant à Tempisque, sur le Pacifique, pour le transport des marchandises par bateau. Le fleuve Tempisque se jette dans l'océan à l'est de la Péninsule de Nicoya dans une baie protégée où les bateaux pouvaient donc accoster en toute sécurité. Nous passons entre des propriétés anciennes et étendues où les pâtures vertes font penser au bocage normand. Si l'on excepte les palmiers, guanascaste, l'arbre symbole du pays, figuiers étrangleurs et flamboyants… Leurs vaches, principalement des brama, sont surprenantes, les zébus sont également nombreux. De grandes oreilles, un garrot très busqué, un goitre pendant. Certains mâles sont réellement impressionnants.

 

Nous nous arrêtons déjeuner à Tempate dans un petit restaurant local. Nous sommes passés auprès de la place centrale incontournable : grand carré d'herbe avec des cages de but de football (dont les ticos sont fanatiques) et… rien d'autre. Aucune installation, quelques bancs, l'arrêt du bus, sinon la place se prête à tout ce qu'on veut en faire. Tempate n'a probablement pas changé depuis sa création. C'est tout petit, des chemins de terre. La seule différence ce sont sans doute les paraboles et le fait que l'électricité a fini par arriver. Sans doute il n'y a pas si longtemps. Esteban me racontait qu'enfant il faisait ses devoirs à la bougie car dans son village l'électricité n'est arrivée que lorsqu'il avait une dizaine d'années.

 

Nous poursuivons par la piste espagnole, montant la montagne qui nous sépare de la côte. Tout le long de la péninsule, une petite chaîne de montagne sépare l'intérieur des terres des plages. Je discute avec Esteban qui m'explique que la zone entre les montagnes et la côte manque d'eau ce qui freine la construction et le développement (tant mieux quelque part). Nous évoquons les soucis écologiques. Ils ont un vrai problème avec les ordures et le recyclage n'en est qu'à ses balbutiements. Au Costa Rica les étrangers sont arrivés en masse après les deux guerres, et plus récemment ce sont les américains qui ont colonisé le pays, les étrangers sont donc plutôt bien accueillis. Par contre, la modernisation s'est faite plus vite que l'évolution des habitudes et mentalités. Et là il y a choc culturel. Les gens étaient habitués à manger une banane et jeter la peau par la fenêtre, ils font la même chose avec les canettes de Coca, mais elles se désagrègent un peu moins vite…

 

Le sabanero qui aimait Dostoïevski. Esteban adore Dostoïevski et c'est en le citant dans ses lettres qu'il a séduit Kay. Il est Zotecnista, l'équivalent de vétérinaire. Il est né à Cartagena, pas très loin d'ici. Sa mère était institutrice. Ses sœurs sont également institutrices (il y a des écoles dans TOUS les villages que nous traversons) et son frère a également fait des études supérieurs. Pour des gamins qui ont fait leurs devoirs à la bougie… La famille d'Esteban était dans l'élevage. Lui a travaillé deux ans à l'hacienda Los Ahogados, une propriété de 12 000 hectares, comptant entre 12 et 15000 têtes de bétail. Il adorait ce travail car il était tout le temps à cheval.

 

Les deux termes finca et hacienda définissent la propriété. L'hacienda commence à 400-500 hectares, la finca est plus petite. Le sabanero est un employé fixe d'une propriété. Il possède une "escuadra", un troupeau, de 6-8 chevaux avec lesquels il travaille. Un par jour, deux si le travail est très dur. Il faut tenir compte du climat particulièrement pénible : la chaleur (le Guanacaste est la région la plus chaude du pays), la pluie, la jungle tropicale qu'il faut ouvrir à la machette pour progresser. Quand le sabanero dresse ses chevaux il est exempté du travail à l'hacienda. Chacun dresse ses chevaux, étant ainsi entièrement responsable de la qualité de ses montures. Le terrain rend le travail très dur. Attraper une vache au milieu de la "maleza", le bois, est une tâche ardue, il ne faut pas rater les occasions quand le terrain se dégage. Les chevaux sont dressés à baisser la tête sous les lianes pour passer, charge au cavalier de se dégager comme il peut derrière.

 

Aujourd'hui, nous ne montons pas à cheval, mais partons au parc Rincon de la Vieja, un parc naturel protégeant deux volcans actifs et la forêt tropicale sèche du Guanacaste, ainsi qu'un parc marin abritant une plage de surf mythique. Rincon de la Vieja définit la ligne de partage de eaux du pays, c'est la que prend sa source le Tempisque.

 

Nous partons avec Esteban pour une randonnée de deux heures au cœur de la jungle. Les arbres sont époustouflants. Absolument géants avec des lianes dans tous les sens, des racines courant sur les sentiers, des figuiers étrangleurs (ces arbres me fascinent). Les colonies de fourmis portent leurs feuilles et plus loin nous croisons une ligne de fourmis guerrières. Celles-là il vaut mieux ne pas marcher dessus car elles sont vraiment méchantes. Puis nous accédons à la partie "active" du volcan. Des fumerolles, des lagunes bouillonnantes, en fait des cuvettes d'eau de pluie chauffée par les vapeurs sortant par des cheminées. Ce sent mauvais (forcément) et l'on entend les bruits de la terre, le sifflement de la vapeur, le glou-glou des boues. Dire qu'on est sur un volcan qui un de ces quatre va probablement sérieusement se fâcher…

 

Nous partons ensuite pour Santa Rosa, un parc historique et naturel. En 1800 il s'agissait d'une hacienda avec des pâtures gagnées sur la jungle, maintenant ils ont laissé repousser et la forêt tropicale sèche (par opposition à la forêt tropicale humide dans le reste du pays – la rainforest) a repris ses droits. Si on cesse de travailler les terres, la forêt reprend vite ses droits et au bout de 3-4 ans la forêt a tout envahi. Ceci a facilité le retour à la "nature" des portions du pays déboisées pour l'agriculture, mais implique aussi un travail quotidien pour garder les pâtures en état.

 

L'hacienda Santa Rosa est maintenant un musée présentant la faune et flore propres à la région, quelques objets traditionnels et une partie retraçant la "guerre". Les grandes prairies sur lesquelles paissait le bétail sont maintenant de la forêt. A l'extérieur les corrals de pierre derrière lesquels s'étaient cachés les costa-ricains sont toujours debout, superbes rappelant ceux que l'on voit au Mexique. On trouve également ici quelques-uns des rares pictogrammes indiens du pays. Ici comme ailleurs en Amérique centrale et du sud, peu d'indiens ont survécu à l'invasion espagnole…

 

Après un petit déjeuner de pancakes, Kay nous fait un petit cours pour faire le paso. D'abord sur une jument "spécialiste" puis je le fais sur Sky. Les chevaux ont naturellement l'allure, il suffit de contrôler la vitesse et d'accompagner un peu des mains. Un confort inégalable…

 

Nous partons vers 11h00 pour une petite balade à travers le rancho Cartagena. Ce sont de jolies pâtures boisées, peuplées de vaches et chevaux. Des pistes de terre nous permettent de progresser tranquillement et de galoper à loisir.

 

Nous nous arrêtons dans un petit village au Chilito pour déguster "le meilleur poulet rôti de la région", accompagné de bananes plantains frites. Pas vraiment léger, mais délicieux. Nous sommes sur une crête, la vue porte sur la jungle alentour, la vue est époustouflante. Nous profiterons de l'après-midi pour aller visiter le refuge des singes où un petit groupe de bénévoles et vétérinaires accueillent des animaux blessés pour les soigner avant de leur rendre leur liberté.

 

Le lendemain nous partons pour notre balade à la plage, chez Erika une amie de Kay. Elles s'échangent leurs cavaliers. Les criollos d'Erika sont habitués à la plage contrairement à ceux de Kay plus à l'aise au milieu des vaches. En chemin nous croisons un sabanero qui conduit son troupeau.

 

Superbe balade sur la plage au départ de Junquillal, plage à tortues. C'est la plage la plus occidentale du pays. Nous remontons jusqu'à Playa Negra, une plage de sable noire. Nous croisons de nombreux surfeurs. Ici les rouleaux sont exceptionnels et nous sommes sur l'océan ouvert et non des baies protégées. Les chevaux sont particulièrement courageux et acceptent facilement de galoper dans le sable un peu trop mou à mon goût, et même dans plus de 60 centimètres d'eau quand une énorme vague vient nous arroser. Après une petite pause dans un bar à surfeurs, nous repartons en sens inverse. En chemin nous entendons le cri caractéristique du singe hurleur, celui qui nous sert de réveil matin à la finca, et nous débusquons un groupe d'une dizaine de bêtes sur un arbre.

 

Nous partons déjeuner sur la plage Avellanas, spot de surf réputé. Belle plage pour les surfeurs, donc pas pour les baigneurs, rochers, vagues trop fortes. Déjeuner sympa sur une belle table en bois naturel, sous les palmiers, vue sur la plage et… Lola. Une cochonne qui vit sa vie, va se baigner dans les vagues et fouille les sacs des touristes à la recherche de friandises. Elle appartient aux propriétaires du restaurant, des amis de Kay. Lui est un ancien mannequin de New York, d'origine hollandaise, qui est venu en vacances et comme beaucoup s'est installé. Nous détonons avec nos jeans trempés (le galop dans l'eau ça mouille) et en bottes, là où tout le monde est en maillot et tongues. Petite baignade et balade dans une eau chaude et des vagues assez violentes, au milieu de beaux surfeurs musclés...

 

Pour notre dernière soirée, nous irons admirer le coucher de soleil à Brasilito et dîner dans un des nombreux restaurants bordant la plage. Notre séjour à la finca prend fin, nous profiterons du tope à Liberia le lendemain.

 

Susana Gonzalez©

 

 

La "grande" guerre du Costa Rica

 

Santa Rosa est célèbre pour sa plage de surf à Naranjo avec sa "roca de las brujas" (rocher des sorcières), classée comme l'une des meilleures du monde (faisant partie du "circuit") et pour avoir été le lieu de la seule guerre du pays.

Une faction de nicaraguayens n'était pas sa satisfaite du résultat des élections. Ils firent donc appel à William Walker, un américain, pour lever une armée et destituer le président en place. Walker n'étant pas des plus fréquentables, une fois menée à bien sa tâche, décida de continuer à conquérir des terres dans le but de créer son empire personnel. Il lança alors un groupe de mercenaires pour conquérir le Costa Rica (au niveau de Santa Rosa on n'est qu'à 60 km du Nicaragua). Ses hommes s'installent dans l'hacienda de Santa Rosa. De leur côté les costa-ricains avaient eu vent des intentions de Walker et avaient rassemblé des hommes montés vers le nord pour défendre leur pays. Installés à l'hacienda, les hommes de Walker, étendus sur les terrasses, armes non vérifiées, se virent encerclés par les costa-ricains cachés derrière les murs de pierre des corrals. Le plan de bataille avait été minutieusement préparé et tombant sur des mercenaires surpris, la bataille fut gagnée par les costa-ricains en 14 minutes ! Il y eu quelques victimes, les mercenaires emmenés à la capitale furent fusillés. Bien décidés à ne pas laisser Walker tenter une nouvelle attaque, les troupes poursuivirent vers le nord pour infliger une véritable défaite à l'ennemi. Les costa-ricains sont particulièrement fiers de cette bataille et se vantent d'avoir "gagné une guerre contre les américains" (au grand dépit des américains qui expliquent que Walker était un mercenaire, donc ne pouvait être considéré comme un américain dans ce cas de figure). C'est surtout la seule guerre ayant eu lieu dans le pays. Surprenant pour une Amérique centrale où les batailles ont souvent été sanglantes.

 

A noter que le pays ne possède pas d'armée, abolie en 1949. Le pays est particulièrement progressiste dans sa démarche et ce depuis le début. Christophe Colomb est arrivé en 1502 sur la côte Caraïbes et le pays obtient son indépendance en 1821. En 1824 l'esclavage est aboli, en 1882 c'est la peine de mort. Dès 1883 la durée quotidienne du travail passe à 8 heures ! En 1984, le président Oscar Arias obtiendra le prix Nobel de la paix pour son rôle dans la politique en Amérique Centrale. L'éducation (taux d'alphabétisation de 95.7% le plus élevé du continent) et la protection de l'environnement sont en tête des préoccupations du pays, avec 30% du territoire en parcs et zones protégées. Pays exemplaire s'il en est.

 

 

 

Les Topes

La saison des fiestas se tient de novembre à juillet, des rencontres ayant lieu tous les week-ends. Le 25 juillet est la fête "nationale" du Guanacaste, date anniversaire de l'annexion de la province au Costa Rica. C'est l'occasion de fiestas immenses dans les principales villes que sont Liberia, Santa Cruz ou Nicoya. Des milliers de chevaux se retrouvent alors sur l'artère principale de la rue dans une joyeuse pagaille, où boisson, nourriture et musique se mêlent dans une ambiance tropicale.

 

Le tope trouve son origine dans les rodéos. Les sabaneros amenaient des campagnes les taureaux à l'arène pour les compétitions. Ils traversaient les villages et tout le monde se joignait à la fête pour "topar" (rencontrer) les vaches ou taureaux. Quand cette rencontre inattendue se produisait les habitants couraient aux côtés des animaux jusqu'à leur arrivée à la "plaza". De nombreuses anecdotes ont bien évidemment émaillé l'histoire : des taureaux qui rentraient dans les cours des maisons pour en sortir par la porte principale ou des animaux perdus dans le village que les sabaneros mettaient des heures à ramener. Aujourd'hui le tope est avant tout l'occasion de parader en ville, le sabanero reste latin et macho…

La parade traditionnelle est l'occasion pour les vaqueros de se pavaner en ville sur leur plus beau cheval et leur plus belle selle. En fait de parades, les cavaliers se contentent de déambuler (à cheval) dans la rue principale, s'arrêtant discuter avec les amis, boire une bière ou manger une brochette, tandis que la musique bat son plein.

 

 

Pour découvrir le Costa Rica et les sabaneros à cheval, contactez Rémy à l'Agence du Voyage à Cheval, www.agenceduvoyageacheval.com

 

 

 

30.06.2011

Au pays des charros

Randonnée équestre d'hacienda en hacienda au Mexique

 

Le Jalisco, au Mexique, est l'état terroir de la tequila, les nombreuses plantations d'agave en témoignent. On y trouve aussi les charros, ces cowboys descendants des cavaliers mexicains qui ont combattu pour le pays et dont l'art équestre est de toute beauté. Et le long du Camino Real, qui menait les richesses du pays à la capitale, les haciendas coloniales offrent la fraîcheur de leurs patios aux cavaliers visiteurs.

 

Une heure de route nous mène à notre hacienda. Dans la cour des bougies innombrables tremblent dans l'air encore chaud conférant à la cour une ambiance presque mystique. J'apprendrai par la suite que l'électricité n'est arrivée que récemment, les bougies sont encore présentes dans toutes les pièces, par habitude et pour les cas, nombreux, où l'électricité est coupée.

 

Nous visitons les lieux. D'immenses chambres donnent toutes sur une cour centrale arborée. Des portes communicantes permettent de passer de pièce en pièce sans devoir sortir en cas de pluie, ouvertes sur cette cour intérieure elles préservent la fraîcheur indispensable en été. Je logerai dans la grande pièce aux crucifix...

 

Le lendemain matin, nous attaquons la journée par un petit déjeuner à 9h00 composé d'œufs et frijoles, ceux-ci sont incontournables dans la cuisine mexicaine, nous en aurons à tous les repas. Au programme de la matinée : marquage ! Nous entrons directement au cœur du travail quotidien de l'hacienda.

 

L'année dernière était la lettre du T dont on marque les vaches, étiquette à l'oreille gauche, numéro d'ordre alphanumérique, et tatouage à l'encre à l'oreille droite avec la même combinaison, plus une marque coupe en U à l'oreille gauche. Le souci est que le patron, Don Ernesto, s'est trompé de lettre et c'est Pablin, un vieil employé, qui a fait remarquer qu'il n'était pas beaucoup allé à l'école mais on lui avait quand même appris qu'après le T venait le U. Or tout un premier groupe de vaches a été tatoué W ! Il a donc fallu ramener tout ce groupe pour le re-marquer.

 

Avant le marquage Pancho nous a fait visiter le bureau de Don Ernesto, le propriétaire des terres, l'oncle de Pancho. En 1975 il a fait partie de la délégation envoyée par la fédération de charreria pour une tournée en Europe. Jeune homme, beau garçon, habillé de pied en cap dans la superbe tenue de cérémonie charro, montant un cheval devenu légendaire, sa maman lui glissait toujours plusieurs nœuds (cravate) dans la poche pour pouvoir les distribuer aux admiratrices. A Paris, Don Ernesto a donc descendu les Champs Elysées en parade. Le soir voulant visiter le Lido avec ses compagnons, et toujours en tenue charro, ils seront finalement invités à une table et feront l'attraction de la soirée. Pour l'anecdote, dans les spectateurs se trouvait la doublure d'Alain Delon qui paya 3000 $ à Don Ernesto pour lui acheter sa tenue. Argent qui lui permit de poursuivre sa visite de l'Europe alors qu'il devait normalement rentrer faute de sous.

 

La sellerie est tout aussi étonnante avec un bar bien chargé et de nombreux trophées aux murs, dont les sabots et crânes des grands chevaux emblématiques de l'hacienda. Aujourd'hui Pancho élève des apaloosas et quarter horses. Ils sont dressés en Doma Natural par Eugenio. Ce sont des chevaux bien dans leur tête, et parfaits pour l'équitation de travail.

 

L'après-midi nous partons chez Jorge de Alba, un autre vrai charro. Il est d'ailleurs président d'une association et porte avec fierté le costume charro, colt à la ceinture compris. C'est un collectionneur de matériel équestre historique. Sa maison est un véritable musée dont de nombreuses pièces très rares trouveraient leur place sans démériter dans le musée charro du pays. Pancho m'emmènera voir la suite de la collection, plus confidentielle dont on parle moins pour éviter les risques de vol. Ce sont des murs entiers recouverts de mors, filets, éperons, étriers, de sabres, d'armes... Il y a des pièces remontant aux Conquistadores et même des pierres datant d'avant la conquête : des pierres à moudre et des têtes de haches en pierre. On pourrait rester des heures à faire l'inventaire.

 

La tequila est bien sûr sortie. Seule ou en mélange, c'est LA boisson incontournable. Nous sommes d'ailleurs dans le Jalisco, l'état terroir de la tequila. Même si on en produit dans tout le Mexique, c'est ici qu'on trouve la meilleure, la plus pure, celle préparée avec le plus de soin. L'agave, le cactus dont est elle tirée par fermentation et distillation, pousse naturellement dans la région donnant la meilleure qualité de matière première. Nous rentrerons tard, avec le coucher du soleil. Il fera nuit à notre arrivée à l'hacienda.

 

Nous sommes partis rassembler les bêtes avec Pablin, un vieux monsieur qui a l'air trop vieux pour travailler mais qui bien sûr est top à cheval. Entre les arbres à épines en tout genre et les hautes herbes, s'occuper du bétail a été tout une histoire et en plus nous n'avons pas été particulièrement doués. Les vaches étaient autour d'un point d'eau mais certaines du mauvais côté ne semblaient pas disposées à traverser à la nage et ont réussi à se faufiler entre les barbelés. Pablo et Lena sont partis chercher les fuyardes tandis que nous gardions l'œil sur les autres. Nous déposons les chevaux dans la cour (sans dessangler) et partons marquer les bêtes.

 

Une bonne répartition des tâches s'installe, chacun a repris ses postes et nous travaillons efficacement en équipe. Nous finirons l'après-midi par une balade en zig-zag autour des cactus (ça motive à rester en selle !)

 

Le lendemain c'est enfin le départ pour la grande randonnée, qui rallongeait d'une heure au fur et à mesure qu'on nous en parlait. Et voyait arriver un nouveau vaquero à nos côtés tout aussi souvent. "Nous partîmes 500 mais par un prompt renfort..."

 

Le Camino Real était l'autoroute qui traversait tout le Mexique du nord (actuels USA) jusqu'à la ville de Mexico ; la première partie de cette piste relie Veracruz (port des Caraïbes) à la capitale. Tout le transport de marchandises passait par cette route, dont l'or des mines de Zacatecas. Cet or attirait bien sûr les pillards et autres bandits de grand chemin. On suppose qu'une partie de cet or est toujours enterré de part et d'autre du chemin, laissé là par sécurité par les bandits se rendant en ville et n'ayant jamais eu l'occasion de venir le récupérer. Cet or attire aujourd'hui les chercheurs de trésors et l'on trouve sur la piste les trous qu'ils ont creusé.

 

La végétation est essentiellement constituée d'épineux, les arbres sont peu nombreux mais les mesquites centenaires bordent la route. Nous nous arrêtons auprès d'arbres ayant servi à pendre les bandits. A la sortie du Castro une peinture sur un mur représente Pancho Villa et Emiliano Zapatta, et fait étrangement penser à Don Quichotte et Sancho Panza.

 

San Carlos est une superbe hacienda où plusieurs bâtiments cohabitent à côté de la maison originale en adobe. La vue porte à l'infini et le Camino Real passe tout à côté. Une petite piscine agrémente le jardin terrasse. La vieille maison d'origine a disparu mais certains morceaux ont été utilisés : la porte sert de table, des fenêtres ont fait des tables basses, des poutres servent d'encadrement à des miroirs. Les murs de l'entrée sont recouverts de croix. Charo m'explique qu'au départ il y avait une superbe croix et les gens qui revenaient en visite on commencé à apporter des croix, agrandissant ainsi la collection au fil du temps. J'espère avoir l'occasion d'apporter ma contribution.

 

Nous sommes au plus fort de la saison sèche. Tout est jaune, brûlé par le soleil. Fin juin et jusqu'à septembre les pluies reviennent et transforment tout. C'est vert partout et les couleurs éclatent.

 

Eugenio veut essayer un autre chemin car celui emprunté jusque là longe une grande route pendant un long moment. A mi-hauteur de la montagne nous croisons des gens en train d'entretenir ces fameux murs de pierres qui délimitent les potreros, les enclos. Il y en a des kilomètres, dessinant une véritable toile d'araignée sur les collines dénudées. Certes les pierres ne manquent pas, mais le travail que cela représente est incroyable. Ces messieurs nous indiquent un chemin à suivre pour éviter la route et je me dis qu'avec un peu de chance on va se retrouver totalement perdus... Mais non, on descend la colline par un sentier escarpé et plein de pierres (après avoir raté un tournant et avoir dû faire demi-tour sur une pente entre des cactus et des barbelés - d'où la nécessité des manches longues et des chaps !). Nous devions passer la voie ferrée sous un tunnel mais l'autre côté est impraticable. Alors on sort les tenailles (logique, on a toujours ça dans ses fontes...) pour ouvrir une porte dans la clôture de barbelés. Je rêve !

 

Nous longeons la voie ferrée un moment, puis à défaut de bas côté nous montons sur les voies elles-mêmes, entre les rails. Après avoir risqué de nous faire plomber les fesses à entrer dans un terrain fermé, voilà qu'on risque notre peau à se prendre pour des trains. Grosse crise de fou-rire, un peu nerveux, où on se dit qu'il n'y a guère qu'ici où on peut se permettre ce genre de chose. Les trains sont surtout des trains de marchandises, traînant jusqu'à 100 wagons ; il y a peu de transport de voyageurs.

 

Nous quittons la voie ferrée au bout d'une quinzaine de minutes pour traverser un petit village et partir retrouver la grande route que nous avons contournée. Nous la longerons un moment avant de la traverser au galop en biais aux abords d'un ruisseau. Notre compte d'adrénaline pour la journée est atteint. Adieu civilisation, nous retrouvons les potreros et les vaches. Ici des laitières, qui nous regardent passer indifférentes (en même temps elles nous prenaient peut-être pour des trains...).

 

Après la longue journée d'hier, celle-ci paraît bien courte, d'autant que nous sommes arrivés de jour à l'hacienda. A peine avons-nous mis pied à terre qu'on nous a apporté de la bière (en s'excusant des 3 secondes de retard !!). Eugenio, Juan, le propriétaire, et un autre ami nous font une petite démonstration de floréo, cet art de jouer avec le lasso, faisant des boucles, des formes tout en sautant au travers.

 

Aujourd'hui nous restons à San Cayetano visiter les lieux. Ils font de l'élevage de chevaux et de toros de corridas. Anita change de cheval, le sien étant fatigué et amaigri, il faut dire que c'est sa première randonnée. Elle récupère Cuervo, le grand cheval noir de Lena, sur lequel elle se régale. Nous partons au galop sur une piste large, Anita en tête à cause de son cheval dominant et on se dit qu'on ne va plus l'arrêter. Mais nous avons tous trouvé un bon rythme et c'est du bonheur à l'état pur.

 

Nous allons jusqu'à un canyon qui abrite de nombreux bassins et une rivière. Le lieu est nommé la Angostura car seul un passage étroit permet de passer. Nous sommes ici à 3 kilomètres de Lagos, la ville la plus proche. Ce site a donc servi de refuge lors de la guerre des Cristeros, la dernière grande bataille mexicaine qui a opposé les Cristeros aux Federales. Le Président avait voulu se « débarrasser » de l'église et ce qui devait être une bataille de 3 mois s'est transformé en guerre de 5 ans. Les charros, les paysans, qui connaissaient bien les lieux ont fini par avoir le dessus sur les militaires qui, s'ils avaient la technique, se faisaient avoir dans toute sorte d'embuscades. Le site est superbe et la proximité de la ville totalement surréaliste.

 

Nous partons ensuite voir l'élevage de toros bravos, les taureaux de combat pour les corridas. Les mâles sont en bas dans un enclos à côté de la maison. Ici ce sont les mères avec un taureau mâle, le U22, dont on nous a dit de nous méfier et rester à distance. Ce taureau a particulièrement brillé dans l'arène. Ayant eu la vie sauve, il a été recousu, soigné et est maintenant condamné à se reproduire auprès de son harem. Les vaches sont elles également évaluées avant d'être conservées comme reproductrices. Elles passent une sorte de test de combat d'agressivité où elles sont notées de 1 à 10. Si elles ont moins de 6, elles partiront pour la boucherie. Ce sont donc des enclos que l'on traverse avec beaucoup de prudence...

 

Nous rentrerons pour un excellent déjeuner de mole poblano, un vrai délice. Le célèbre "poulet au chocolat", mais en fait le chocolat ne représente qu'une infime part de la quarantaine d'épices qui composent la sauce.

 

Nous partons ensuite nous balader, vérifier les animaux... Un groupe de vaches doit être rassemblé demain pour une charreada. Nous passons dans l'enclos voisin nous assurer qu'aucune vache ne traîne. Un jeune cheval s'est mélangé aux vaches et Lena propose qu'on essaie de le mettre au bon endroit. Si au bout de deux fois on n'y arrive pas, on arrête car ça finit par devenir un jeu pour le cheval et pour le coup est on est sûr de ne pas y arriver. On se sépare en groupes. C'est une joyeuse débandade et belle course poursuite. Guy y laissera sa chemise, littéralement, coupée en deux, les bottes et chaps souffrent. Je devrai m'arrêter pour me débarrasser d'une branche épineuse accrochée à ma chemise et piquant la croupe de ma jument.

 

Retour déjeuner. Nous traînons un peu après le repas, nous sentons la fin approcher et savourons tous les instants. Puis nous partons remettre les vaches dans un enclos. Chacun prend sa position pour bien encadrer le bétail jusqu'à ce qu'un bruit étrange arrive à nos oreilles à l'arrière (d'autres étant devant pour ouvrir les clôtures) : nous n'aurions pas pris les bonnes vaches. Allons bon, nous allons être arrêtés pour vol de bétail ! Et là pour le coup, le portable s'avère bien utile, histoire de demander à Don Ernesto ce qu'il veut faire de ses vaches. Celles qu'on a vacciné ont été séparées en deux groupes, les mères avec les veaux et les mères seules. Nous surveillons les vaches qui n'apprécient que moyennement d'être ainsi arrêtées à mi course et... demi tour ! Les derniers seront les premiers et nous partons à vive allure bloquer les accès. Nous remettons les vaches dans l'enclos et récupérons l'autre groupe de vaches dans la cour d'entrée pour l'emmener au point d'eau.

 

Comme apparemment une puissance supérieure à décidé qu'aujourd'hui tout irait de travers nous voilà aux prises avec un tout jeune veau qui refuse de suivre le groupe. Il nous fera pas mal cavaler avant qu'on ne le ligote pour le poser sur le cheval de Pancho.

 

Nous arrivons au petit lac de barrage où Guy souhaite faire des photos au galop dans l'eau. Ah ben voilà le genre d'idée pour nous déplaire : galoper à fond dans la flotte !

 

Nous ferons de nombreux aller-retour. Sur le bord la boue gicle, nous sommes mouillés et sales, pas bien grave, c'est le dernier jour. Les chevaux commencent à chauffer et se prendre au jeu. Le soleil est en train de se coucher, la lumière est superbe. Instants de bonheur pur...

 

 

 

Pour vous joindre à cette randonnée exceptionnelle, contactez l'Agence du Voyage à Cheval, www.agenceduvoyageacheval.com. Randonnée possible en individuel ou en accompagnement francophone.

 

29.06.2011

La chevauchée fantastique

A la découverte de l’ouest américain à Cheval

 

Bercée par trop de westerns, j'ai développé une véritable passion pour l'ouest américain et son mythe du cowboy. Souhaitant partir à leur rencontrer et chevaucher à leurs côtés, me voilà partie pour un extraordinaire périple de 15 jours au pays de John Wayne.

 

Les longues heures de vol et une escale à rallonge nous permettent de faire connaissance avec le groupe. A notre arrivée à Las Vegas nous sommes déjà amis.

 

Le lendemain matin, avec 9 heures de décalage horaire, tout le monde est réveillé de bonne heure. A 7 heures nous étions levés avec la ferme intention de profiter de la piscine dans la mesure où ça serait la seule que nous verrions jusqu'à notre retour. Une bonne partie du groupe est là et on plaisante sur le côté "aventure" du circuit : affalés sur nos chaises longues, lézardant au soleil

 

Une fois sortis de Las Vegas c'est le désert, puis l'Utah. Les cactus, le sable, les camions, les routes. Tout est source d'étonnement et de commentaires. Les premières roches rouges font leur apparition.

 

Et parlant de roche rouge, nous voilà sur Zion National Park. Pendant près d'une demi-heure nous montons par une route en lacets au milieu des pitons rocheux, falaises et autres canyons. Pour se fondre dans le paysage le goudron a été teinté en rouge... La route suit la Virgin River, à l'origine de la formation des gorges de Zion, sur une bonne partie du chemin, on se retrouve ainsi au fond des canyons creusés par l'eau au fil des siècles. Ce qui frappe surtout en arrivant dans le parc c'est le retour de la verdure après l'aridité du désert.

 

Lundi, la première balade nous mène sur Angels Landing, promontoire perché à 453 mètres d'altitude où l'on accède par des chemins que même certaines chèvres n'oseraient emprunter. Le nom d'Angels Landing ("où se posent les anges") a été donné au lieu par les premiers prospecteurs arrivés dans la région qui estimaient que les pentes étaient si raides que seuls les anges pouvaient s'y poser. En fait d'anges, quelques humains aujourd'hui y arrivent, aidés certes par quelques chaînes posées ça et là à même la roche. Mais la vue du haut vaut tous les efforts. On surplombe la rivière et les canyons. Les roches rouge et blanche se mêlent au bleu du ciel et au vert des arbres. C'est absolument superbe. Zion est à 1500 mètres d'altitude, l'air est sec et la chaleur est tout à fait supportable. La descente de la partie la plus escarpée s'avérera finalement plus facile que la descente du chemin tracé en lacets. Mais la récompense se trouvait au bout du chemin, ceux qui avaient abandonné à mi-chemin nous attendaient les pieds dans l'eau.

 

Nous rejoignons le point de départ de la balade de l'après-midi : les Narrows. Rémy nous annonce la couleur pour la promenade dans les gorges. Environ quatre heures de marche, les pieds dans l'eau la plupart du temps, parfois un peu plus ("d'accord il se peut qu'à un endroit on ne fasse pas pied, ça dépend du niveau d'eau"). L'idée était d'aller le plus loin possible afin d'échapper au flot des touristes et retrouver un peu de calme. Le spectacle est saisissant : les falaises s'élèvent de part et d'autre de la rivière, parfois sur 600 mètres. Au fond coule la Virgin River sur des galets et pierres, parfois du sable.

 

A Bryce Canyon nous empruntons le Navajo Loop trail, un sentier de balade d'1,5 km qui nous fait descendre au fond de l'amphithéâtre et voir quelques superbes pitons. Bryce Canyon, contrairement à son nom, n'est pas un canyon, mais un amphithéâtre. Au fil du temps, l'érosion (essentiellement l'eau via la pluie) a érodé la roche. Là où la pierre est plus dure, des colonnes sont restées debout tandis que le reste de la pierre s'effondrait autour. Certaines formations ont des formes étonnantes, dans une débauche de tons ocres, jaunes, rouges à faire rêver un impressionniste.

 

Au bout de quelques heures de route supplémentaires, nous arrivons au ranch. Les paysages sont toujours aussi étonnants et le ranch vraiment perdu au milieu de nulle part. C'est un bâtiment de bois et pierre qui fait plus penser à un chalet suisse qu'à un vrai ranch d'ailleurs. Les clichés ont la vie dure...

 

Ce coin de la région est désertique, ne donnant naissance qu'à des des arbustes rabougris, sapins, buissons et cailloux. Sur la piste "Hell's Backbone" qui mène à l'écurie nous sommes partis au grand galop de front. Galop effréné plutôt. "Laissez passer la horde sauvage". C'était du à fond la caisse, on fait la course, tout le monde se double... Je n'ai jamais galopé aussi vite de ma vite. Je n'étais pas très rassurée, mais c'était grisant.

 

Déjeuner sandwich au ranch puis départ pour une nouvelle balade de quatre heures toujours dans la partie désertique. Canyons, à pics vertigineux, roches et falaises. C'est superbe. Ce sont vraiment les décors qu'on a pu voir dans nos bons vieux westerns. Les plateaux au loin, les canyons en contrebas. On est passé par des endroits dans lesquels même à pied, je ne me serais pas forcément sentie rassurée. Il faut faire confiance à son cheval et ça passe tout seul. Quelques superbes galops dans des chemins de sable sinueux entre les sapins (la résine ça colle...). Les chevaux sont fabuleux, passant partout sans rechigner, obéissant au millimètre.

 

Sur la route j'ai un peu discuté avec Bob, le propriétaire. Il parle lentement et articule, ce qui permet de le comprendre parfaitement. Il nous dit que si l'on trouvait des vaches en route on pourrait les monter vers les pâtures plus haut dans la montagne. La découverte de ce travail s'avérera exceptionnelle. C'est vraiment extra de faire avancer les vaches. On est complètement indépendant, chacun va à son rythme, part dans son coin ramener une vache dans le bon chemin. Chacun travaille autour du troupeau et on ne se suit pas en file indienne ! Ah ça change des balades classiques...

 

Le lendemain, nous nous attaquons au "cattle driving" (convoyage de bétail), mais du vrai de vrai, jusqu'en haut des pâturages à 3000 mètres en haut de la forêt. Ce qu'on a fait hier d'après Bob c'est de "faire du cheval à côté des vaches" (il a le chic pour nous donner du coeur à l'ouvrage le Bob).

 

Au petit déjeuner, en préparation de notre rude journée, un vrai repas de cow-boy : bagel aux blueberries, omelette, bacon et raisins et jus d'orange (ouf !). Nous sommes donc repartis au même endroit que la veille et avons commencé à rassembler les vaches que nous trouvions en route. L'aîné des garçons était avec nous. Sa mère nous a raconté qu'il y a quelques années, alors qu'il n'avait que 10 ans, elle était en train de convoyer des vaches avec lui et un autre cowboy. Au bout d'un moment elle s'était inquiétée car elle ne le voyait plus depuis un certain temps. Et voilà Cru qui arrive avec 30 vaches à lui tout seul. Evidemment, il a probablement commencé à monter à cheval avant de savoir marcher...

 

Le déjeuner est bref. A 14h30, nous étions à nouveau en selle pour affronter la partie la plus dure du convoyage : le reste de la route était un chemin de deux mètres de large au mieux au milieu de la forêt épaisse, pleine de pierres et tout en montée. Il fallait tout le temps aller récupérer les vaches, qui refusaient obstinément de marcher là où c'était plus facile, et se perdaient à loisir au milieu des arbres. Afin d'éviter qu'elles se dispersent trop, on a commencé à crier pour les faire avancer plus vite. C'était vraiment extraordinaire. Les chevaux n'ont peur de rien et avancent même quand ils doivent pousser les branches d'arbres devant eux, sauter par dessus des arbres morts, monter des "sentiers" raides. Ils sont vraiment étonnants.

 

Après cinq jours au cœur de la vie cowboy, nous quittons le ranch pour d'autres aventures.

 

En route vers Capitol Reef plus au nord. Les paysages sont toujours aussi stupéfiants, mélange du vert de la forêt et les roches blanches et rouges toujours présentes. Au détour d'un virage, la vue porte jusqu'à l'infini. Le sentiment d'espace est implacable.

 

Après l'installation du camp nous partons en randonnée. Le sentier monte allègrement. Première pause pour admirer des pétroglyphes Fremont, et manger des figues de barbarie. Le grand intérêt géologique de Capitol Reef (qui doit son nom à ce que de nombreuses roches ont des formes de dômes, comme le Capitol) est ce qu'on appelle le "Waterpocket Fold". L'eau crée des sortes de bassins dans la pierre, qui finissent par se creuser pour laisser passer l'eau et créer de nouveaux bassins plus bas et ainsi de suite. La pierre n'ayant pas la même résistance partout cela crée des formes assez originales tout en courbes.

 

Monument Valley... Me voilà enfin au pied des célèbres roches rouges chères à John Ford. Les chevaux sont des mustangs qu'Hermann et son frère, des Navajos "full blooded" ont capturés et dressés. J'hérite d'une petite jument blanche du nom de "White Snow" assez rapide. Rémy nous avait prévenu, autant Bob ne connaît que le pas et le galop, chez les indiens les balades se font quasi intégralement au trot... assis. Certains ont abandonné, raccourci leurs étriers et monté à l'anglaise pour pouvoir trotter enlevé. Ca ne nous a pas empêchés de faire quelques galops assez sympathiques, d'autant qu'ils n'étaient généralement pas lancés par Hermann, mais par nous quand nous avions envie de nous faire plaisir. Sur la dernière partie de la balade nous nous sommes lancés dans un grand galop pour faire la course. J'ai poussé mon cheval à fond, un vrai régal.

 

Dîner chez les indiens d'un "taco Navajo". Puis nous nous sommes rassemblés autour du feu pour écouter Hermann nous parler des Navajos et des vieilles légendes indiennes. Pour la nuit, certains ont installé les toiles de tente par terre et se sont couchés dans le Hogan, la maison traditionnelle des Navajo. Un autre groupe est allé se coucher autour du feu. Pour ma part, je me suis installée seule à l'écart des arbres pour pouvoir admirer le ciel étoilé et les étoiles filantes. L'air est un peu frais, mais mon duvet est bien chaud, le contraste est agréable. Il y avait un orage époustouflant derrière Monument Valley. Au début, j'ai cru qu'il s'agissait d'un spectacle de son et lumière ; ce qui en quelque sorte était vrai, sauf que mis en scène par un pyrotechnicien d'un autre calibre...

 

Les Navajos gèrent complètement Monument Valley qui se trouve sur leur réserve. Nous voilà donc partis pour trois heures de visite et de délire sur les formes des roches. Certaines formes sont très classiques et connues, portant chacune un nom. Il faut d'ailleurs parfois faire preuve d'un peu d'imagination et tout le monde ne voit pas la même chose. Par la suite, nous avons commencé à inventer des formes où il n'y en avait pas. On va leur refaire leur parcours de visite à ces indiens...

 

Installation au camping de Lac Powell, qui est loin d'être aussi agréable que les autres. Ici c'est beaucoup plus tourisme de week-end familial. Le temps d'installer le camp, nous allons faire trempette pendant que Rémy va s'occuper de réserver le bateau pour le lendemain. L'eau est claire et bonne, la lumière du coucher de soleil sur les roches sur la rive en face est exceptionnelle. Corvée de bois pour le barbecue. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin... (et en l'occurrence on aurait apprécié le foin). Laurence a eu de la chance et a trouvé un joli tas sous un barbecue voisin. Moi j'ai trouvé une grosse bûche, idéale pour la veillée de Noël, pour faire griller la viande, moins !

 

Nous passerons la journée du lendemain sur le lac, à explorer les différents canyons. Le temps était un peu gris, mais c'était peut-être mieux ainsi, on ne souffre pas trop de la chaleur à l'arrêt, après tout nous sommes en plein milieu du désert, malgré toute cette eau. Cette journée de détente et de baignade nous a fait le plus grand bien, par son côté villégiature « en bord de mer ».

 

Quelques heures de route vers Grand Canyon nous font arriver de nuit dans la forêt entourant le parc, ce qui nous a permis de voir un maximum d'animaux le long de la route (bien vivants, je vous rassure), et de ne pas s'arrêter à l'entrée pour payer dans la mesure où les rangers étaient partis se coucher depuis longtemps. Seul un lapin était assis au milieu de la route semblant nous attendre (on se croirait dans les Lettres de mon Moulin de Daudet).

 

Promenade le long du Canyon avec de nombreux arrêts pour admirer le point de vue. Le temps est un peu couvert, c'est dommage, mais il paraît qu'il y a très souvent un peu de brume au-dessus du Grand Canyon, brume due à la pollution... La vue du Grand Canyon est époustouflante. C'est vraiment aussi grandiose qu'on me l'avait dit.

 

Le dernier soir nous tenterons notre chance aux casinos de las Vegas. Si on pouvait décrocher le jackpot et rester, ça ne nous déplairait pas...

 

Tant de souvenirs et d'images se bousculent encore dans ma tête. Mais on ne peut pas forcément mettre sur le papier les instantanés qui ont fait de ce voyage ce qu'il a été. Les rires partagés pour des bêtises, la montée d'adrénaline face au vide, le souffle coupé par la beauté d'un paysage, l'émotion à voir des dizaines de marmottes s'enfuir devant soi, le piqué d'un aigle chassant, la sensation de plénitude en contemplant les étoiles dans le ciel la nuit au-dessus de Monument Valley, et se dire "ça y est, j'y suis enfin, j'ai accompli un rêve". Autant d'instants précieux qui resteront à jamais dans mon coeur... Je ne sais plus qui a dit "la première chose à faire pour qu'un rêve se réalise, c'est de se réveiller". Alors réveillez-vous !

Susana Gonzalez, © Août 1999

 

Si John Ford vous a fait rêver, faites du rêve une réalité

 

Si vous souhaitez vous aussi vivre ce circuit exceptionnel de 16 jours c'est possible. Côté équitation, il faut maîtriser les trois allures et avoir une certaine expérience de l'extérieur. Côté balades à pied, c'est à la portée de tout le monde, d'autant qu'elles sont toujours escamotables. Si la langue de Shakespeare vous fait défaut, ça ne sera pas un problème, un accompagnateur bilingue sera à vos côtés pour vous aider à communiquer.

 

Pour partir dans des conditions uniques, avec un spécialiste de la région, prenez contact avec l'Agence du Voyage à Cheval : www.agenceduvoyageacheval.com ou Rémy Pagnard au 03 81 62 02 96

 

 

 

Sur les steppes de Genghis Kahn

A la rencontre des derniers nomades

 

 

L’avion amorce à peine sa descente et déjà on est frappé par l'immensité des lieux. Sous nos ailes, la Mongolie s’étire doucement dans la lueur blanchâtre des premiers rayons du jour. La vue se perd au loin et le mot espace prend un nouveau sens. La descente semble ne plus finir dans cet horizon sans frontière où la piste se laisse timidement deviner au cœur de nulle part. On tourne le dos à Ulaan-Baator et rien de ce qu’on voit ne ressemble à quelque chose de connu. Juste le vert ras jusqu’au bout du monde et le vent qui galope sur les montagnes chauves.

 

Un pays où les dimensions ont une autre taille

 

La Mongolie est grande comme quatre fois la France pour dix fois moins d’habitants. Si on enlève le 1,5 million de personnes habitant Ulaan Baator sur les 5 millions de Mongols vivant sur leur territoire vous pouvez facilement imaginer la densité au kilomètre carré ! La Mongolie a mis en place des lois très intéressantes pour la protection du territoire. Ainsi vous ne pouvez pas acheter du terrain, vous ne pourrez que le louer avec un bail emphytéotique. Si l’autorisation d’y construire une maison vous est accordée, vous ne pourrez pas clôturer le terrain, pour laisser circuler librement bétail et personnes. De ce fait, certains endroits qui pourraient devenir des cibles privilégiées de promoteurs cupides sont préservés pour encore un bon moment, même si la « civilisation » arrive tout de même à grand pas.

 

Notre première journée est consacrée à la visite d'Ulaan Baator. Nous grimpons à Zaisan Tolgoi, colline d'où nous avons une vue panoramique de la ville et de l'immensité de la plaine au-delà. L'horizon semble infini. Nous dormirons dans un camp de yourtes à la sortie de la ville. Il est géré par une coopérative de femmes qui mettent tout leur cœur à nous accueillir dans la plus pure tradition de l'hospitalité mongole.

 

La richesse du cœur et de l’accueil

 

Le lendemain nous reprenons le chemin de l'aéroport pour notre vol intérieur vers Moron. Depuis les hublots l'espace semble grandir à vue d'œil. A peine posés, nous quittons la civilisation pour les steppes afin de rejoindre la région du lac Khubsugul où se va se dérouler notre randonnée.

 

Ecoutant les recommandations de notre accompagnateur, nous rangeons nos montres au fond des sacs. L’heure, codifiée par des aiguilles, ici n’existe désormais plus.

 

Tomro et Batbyamba, éleveurs, seront nos guides pour cette découverte de la Mongolie. Ils nous accueillent chaleureusement et nous présentent la famille, les voisins… On se sent tout de suite accueilli en hôte privilégié et l'on a hâte d'en savoir plus sur la vie des nomades de cette province.

 

Outre les formules verbales de politesse qui nous sont traduites et après nous être assis sur de tout petits tabourets de bois, nous avons droit au bol de lait parfumé au thé, salé… et brûlant. Par la suite, dans toutes les yourtes où nous serons accueillis, il y aura toujours un thermos avec ce lait chaud.

 

Dehors nos chevaux nous attendent, attachés à une corde tendue entre deux poteaux, à presque 2 mètres de hauteur. Ce sont des chevaux de petite taille, de différentes couleurs de robe et très calmes. A notre avis, ils mériteraient avant d’être sellés, un bon coup d’étrille ou de brosse qui ne leur ferait pas de mal ; leurs sabots pourraient également être parés et ils ne sont pas ferrés.

 

Après une nuit sous tente, nous chargeons les animaux de bât et partons en direction du lac Khubsugul à Jankhain Tsaram par de magnifiques vallées couvertes de mélèzes et de pins. Nos guides locaux organisent souvent des randonnées, ils savent donc parfaitement s'adapter à la capacité des cavaliers et leur niveau équestre, ce qui n'est pas une mince affaire. Les premières heures dans ces selles locales nous donnent un peu l'impression de ne plus savoir monter à cheval. Après avoir grogné du petit programme de la journée, 5 heures de chevauchée, nous serons bien contents de mettre pied à terre à notre premier bivouac.

 

Le lac Khovsgol est étourdissant de beauté, et son eau si pure qu'on nous assure qu'on peut en boire son eau ; en bons citadins nous ne nous y risquerons évidemment pas... Surnommé la « perle bleue » de Mongolie, le lac s'étend sur 136 km de long et 36 km de large et représente 2% des réserves d'eau douce mondiale. Ses eaux sont froides, gelées 4 mois par an (de janvier à avril). Entourée d'une douzaine de sommets de plus de 2 500 mètres d'altitude, cette région renferme de nombreux trésors : ours, cerfs, loups, oiseaux rares, faune riche... Le Khovsgol bénéficie du plus important programme de protection de la nature du pays.

 

Un pays de traditions

 

Dans la culture mongole, les échanges sont très codifiés. Ainsi avant d’entamer une conversation sous la yourte, il est d’usage d’accepter l’offrande rituelle du bol d’Aïrag. Pour la recevoir, il convient d’abaisser la manche de sa chemise, de placer la main gauche sous le coude du bras droit, et de tendre la main droite pour recevoir la coupe. Si l’on n’aime pas le lait de jument fermenté (ce qui peut demander un certain effort à nos palais français), on n’est pas obligé d’en boire : il suffit alors de tremper le majeur de la main droite dans le liquide, et d’asperger successivement au-dessus de sa tête (à gauche, au milieu et à droite, pour bénir la terre, le ciel et le territoire), puis de porter la coupe à ses lèvres, sans boire une seule goutte, après avoir mouillé son front avec son majeur mouillé du breuvage…

 

On boit ce lait dans des bols, que l’on se passe de l’un à l’autre après avoir pris le temps nécessaire de l’aspirer par petites gorgées sonores, en mangeant parfois des gâteaux, durs comme des pierres. Pendant ce temps, on s’échange des cigarettes car le tabac n’est pas interdit en Mongolie, même si les inscriptions sur le danger de fumer sont sur tous les paquets. Pendant ce temps, on parle beaucoup… de nouveaux mongols entrent dans la yourte, d’autres en partent … la yourte est le lieu de rencontre et de convivialité par excellence.

 

Longeant le lac nous partons en direction de Khadan Kyasa. La vallée bleue azurée se perd au milieu des forêts de pins et mélèzes. Nous croisons de nombreux éleveurs et malgré la présence du traducteur, nous rêverions de pouvoir parler librement à ce peuple étrange. Nous avons enfin pris nos marques avec nos montures et nos selles. La longue journée semble bien courte…

 

Des chevaux mongols pour compagnons de voyage

 

Nos chevaux mongols sont solides, trottinent mieux qu’ils ne marchent, d’un petit trot très confortable et nous faisons aussi quelques beaux galops au milieu de nulle part, ivres de liberté. A la fin de la journée, nous avons fait du chemin, vu de nombreux troupeaux de vaches, yacks, chèvres ou brebis, et bien entendu des chevaux dont l’élevage est essentiellement tourné vers la boucherie.

 

Petits (de 1m20 à 1m50 au garrot pour les plus grands), d’une endurance à faire blêmir nos pur sang arabes et d’une agilité incroyable, ces chevaux mongols sont un régal sous la selle. Calmes mais vifs, leurs pointes de vitesse sont d’autant plus impressionnantes que le terrain accidenté de la steppe ne pardonne pas l’erreur. Stupéfiant de les voir slalomer entre les terriers de « suslik » (rongeurs de la famille des marmottes, de la taille d’un écureuil) et les roches volcaniques qui affleurent. Incroyable de les rentrer à peine fatigués après plus de 50 km quotidiens à des rythmes qui n’ont parfois rien à envier à nos raids équestres. Etonnant de voir les chevaux de rechange nous suivre ou nous précéder fièrement, sans attache. Infatigables et le seul terme qui puisse les définir correctement.

 

Mais qu’on ne s’y trompe pas : leur docilité sous la selle n’est en rien comparable à celle de nos chevaux d’école. Beaucoup plus fiables à bien des égards, leurs réactions n’en restent pas moins celles de chevaux conservés à demi sauvages… pour se défendre des fréquentes attaques de loups. Ces chevaux ont du caractère, ils peuvent botter facilement si vous ne gardez pas vos distances.

 

En fin de journée, nous retrouvons une famille mongole qui nous accueille dans sa yourte avec son lot de cérémonies traditionnelles.

 

Une fois les chevaux dessellés, ils sont généralement entravés par deux car il n’y a pas d’arbres, ni de possibilité d’attache dans la steppe et on les lâche. Début septembre, l’herbe est rase : ils ont assez peu de nourriture pour se refaire une santé pour le lendemain. Parfois, il n’y a même pas d’eau. Ce sont vraiment des animaux très rustiques car ils nous ont toujours portés, sans fatigue apparente ni boiterie, quels que soient le temps et la température, très changeants en cette saison.

 

Après avoir côtoyé pendant quelques jours les cavaliers mongols, nous nous sommes vite aperçus des différences avec nos pratiques d’européens. Nous avons le sentiment, alors que ce peuple a envahi, grâce à sa cavalerie, une grande partie du vieux continent, qu'il possède une maîtrise somme toute assez basique de l’équitation. Outre les soins, pour le moins succincts donnés à leurs chevaux, leur monte sur la selle mongole avec des étriers très courts leur donne une allure très différente de la nôtre (ils ne servent pas trop des jambes et le fouet est une aide permanente pour changer d’allure) et ils ont tendance à beaucoup tirer sur la bouche du cheval. Je n’ai pas eu l’impression qu’ils pouvaient obtenir le maximum des capacités de l’animal. Mais ce n’est pas leur objectif car ils changent souvent de monture et le travail qu’ils ont à faire se fait, ce qui finalement est tout ce qu’ils demandent à leurs chevaux.

 

Nous enfonçant toujours davantage dans la profondeur de la taïga sibérienne nous traversons le village de Renchinhumbe. Ici nous dit-on pousse le plus grand arbre du pays. Grand ? Bien sûr à l'échelle d'un pays où la steppe rase domine ! Nous retrouvons avec plaisir un peu de civilisation dans une yourte touristique équipée d'eau. Les lingettes sont bien pratiques et personne ne se plaint, mais retrouver un peu de confort est toujours appréciable. Mais qui va se plaindre ? Les paysages sont tellement grandioses qu'un peu de rusticité ne va certainement pas gâcher notre plaisir.

 

Grand moment de rire le lendemain lorsque nous traversons une rivière avec un bac à côté du lac noir, où les deux pêcheurs du groupe auraient bien planté là leur tente pour le reste du séjour ! La promesse de la visite du Tsagaan Nuur, le lac blanc, nous permettra de les en éloigner sans trop de pleurs.

 

Et nous rencontrons enfin les éleveurs de rennes !

 

Les Tsataans sont une peuplade de 250 personnes environ, et il est particulièrement étonnant de voir les ressemblances entre certaines tribus Amérindiennes du nord et les Tsataans. Ils sont très certainement le dernier vestige des peuples asiatiques qui ont migré par la Sibérie et l’Alaska aux Amériques. Nombre de gestes, de coutumes et de rites sont encore très proches après des milliers d’années. Ils sont loin de tout dans un immense territoire, une fois le contact établi, il faut encore qu’ils vous invitent à les rejoindre. Il faut toujours avoir une attitude très respectueuse à leur égard.

 

Actuellement, ils sont toujours éleveurs de rennes. Après le terrible hiver 2002, pendant lequel les troupeaux ont été décimés, le gouvernement a mis en place des subventions pour aider à garder leurs rennes et repeupler les troupeaux.

 

La rencontre avec ces hommes et ces femmes sera un des moments les plus forts de ce voyage. Le sentiment de vivre avec un véritable mythe sur le point de disparaître englouti dans l'immense "globalisation" de notre planète.

 

Nous poursuivons notre périple et les noms se succèdent Hordol, Khoridol Saridag, Tsagaan Nuur et Renchinlumbe. On aimerait tant pouvoir retrouver quelques bribes de syllabes pour nous raccrocher à cette langue totalement étrangère. Que de légendes, d'histoires doivent se cacher au détour des vallées, des rivières, des villages que nous croisons. Et cette steppe que l'on dit si plate qui se pare des massifs de Khordol à 2300 mètres d'altitude ! De surprise en surprise, les découvertes succèdent aux découvertes. Quel pays étrange et mystérieux…

 

Une quinzaine de jours sur les steppes mongoles, cela passe vite. Nous avons pu parcourir les étendues immenses de la steppe, sans arbre, avec ou sans troupeaux en liberté, sans lignes électriques, ni constructions… la nature telle qu’elle existe depuis la nuit des temps. Et ce silence imposant, rendu plus grand encore par le vent ou les cris des animaux. Pas d’horaire, de contraintes… Un séjour hors du monde moderne, soit disant civilisé… Quel dépaysement !

 

 

Encadrés

 

La « ger » (yourte) mongole

 

L'élément le plus important de la vie nomade mongole est reste encore la yourte traditionnelle. Bien que depuis la seconde partie du 20ème siècle, la Mongolie se soit fortement urbanisée, plus de la moitié des Mongols continue à vivre dans leur habitat traditionnel, aussi bien les nomades à la campagne que les habitants permanents des villes et villages. En Mongolie, plus d'un million de personnes vivent encore sous une yourte.

 

Il s’agit d’une habitation familiale composée une pièce unique autour d'un poêle. Plusieurs lits servent de sièges dans la journée, autour d’une table basse où est posée la nourriture. La seule ouverture est la porte d'entrée, à l'opposé de laquelle se trouve traditionnellement le lit du chef de famille. La yourte a l’avantage d’être facilement démontable et remontable en quelques heures.

 

La yourte est toujours montée et décorée selon le strict respect des coutumes. La porte de la yourte doit toujours faire face au sud (ou légèrement au sud-est), en direction du soleil. Elle est un espace fortement ritualisé et de nombreuses coutumes y sont respectées. Les règles de convenance y sont très nombreuses, notamment concernant les gestes et les positions corporelles, ou le sens de circulation autour de la table ou du poêle central.

 

La yourte est un lieu d’accueil et l’étranger est toujours le bienvenu. Sachez apprécier cette invitation en vous pliant aux règles d’usage afin d’aller à la rencontre de ce peuple fascinant.

 

A noter donc que les Tsataans vivent eux sous des tipis richement décorés qui font étrangement penser aux tipis des indiens du nord de l'Amérique…

 

 

Découvrez la Mongolie à cheval

 

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Arkhanghai, Kenthii, Oksvol, Altaï, Gobi, 5 destinations en Mongolie toutes très différentes les unes des autres, dans le climat, les décors, les altitudes.